Le 21/10/2006 - 14h44
Par
SPORT / Christophe Alonso
S'élancer des plus hautes falaises d'Europe pour vingt secondes de chute libre au-dessus des fjords. En Norvège, Kjerag et son massif de granite de 1 000 m d'altitude attire les Base jumpers du monde entier.
Le risque est omniprésent
Voilà donc l'équipe en Norvège, " pour se détendre après la saison d'hiver
", au bord d'une falaise de 1000 m.
Prêts pour le décompte. 3... 2... 1... Base ! " C'est vrai qu'on devient vite
euphorique. D'habitude, chez nous, à Bourg-Saint-Maurice, on saute de falaises
de 150 m.
Kjerag et ses 1000 m,
c'est une autre dimension. Ici, on peut effectuer des sauts de plus de
20 secondes dans un décor enivrant. " Enak ne cache pas son enthousiasme
et s'empresse d'évoquer le smoke pant. " Certains sauteurs s'amusent à faire
des trous avec leur cigarette dans des pantalons de pêche en toile pour que
l'air s'y engouffre et le gonfle. Ils peuvent ainsi dériver plus longtemps, ralentir
leur chute. "
À Kjerag, équipés de leur smoke pant, les meilleurs frôlent les
30 secondes. La dérive permet également au sauteur de s'éloigner de la
paroi et d'éviter toute mauvaise surprise au moment de l'ouverture du
parachute. Un mauvais pliage, un coup de vent, une mauvaise position, et le
sauteur se retrouve projeté contre la paroi... sans parachute de secours. À Kjerag, où le Base jump se pratique depuis 1994, on compte
66 accidents, dont 8 mortels, pour plus de 15 000 sauts. Le
sinistre pic de 1999 et 2000 (1 950 sauts, 15 accidents, 2 morts)
correspond au boom de cette pratique. L'année dernière, seuls 5 accidents,
non mortels, ont été recensés. Là-bas, tout est tourné vers la pratique de
cette discipline extrême. Au bas des falaises, un bateau récupère les sauteurs.
Une demi-heure de voiture et à peine plus d'une heure de marche plus tard, les
revoilà en haut de la falaise. " C'est aussi pour c'est aspect pratique que
l'on choisit de faire un road-trip en camping-car jusqu'en Norvège ", explique Denis
Raffault, organisateur du voyage, journaliste, rider et créateur du team.
" Les
gars n'ont encore qu'une petite expérience en Base jump, poursuit-il, ce sont
avant tout des skieurs qui veulent se rapprocher du Base car c'est un superbe
sport de montagne, très pur. " Lors de ces dix jours passés en Norvège, ils
n'ont pu réaliser que six sauts. La faute à une météo capricieuse avec laquelle
il ne faut pas flirter. " On est des basers occasionnels et, à chaque fois que
l'on saute, c'est très puissant. On garde le recul suffisant pour être sûr de
ce que l'on fait. Le danger commence quand tu atteins un bon niveau et que tu
te laisses aller, analyse Enak. J'adore cette sensation de vitesse,
l'accélération que tu ressens. Ce moment, après l'impulsion, où tu te sens
aspiré par le vide et que tu vois la paroi défiler à toute vitesse. "
Un jeu
réservé à une élite de sauteurs ayant au moins 300 sauts d'avion. Une
famille au sein de laquelle Enak et ses amis ont posé leurs spatules, avec la
décontraction de riders habitués à braver les dangers de la montagne. " En
chute libre, si tu respectes les procédures, il ne peut rien t'arriver. En Base jump, tu ajoutes un facteur risque. Plus les falaises sont petites,
plus les sauts sont agressifs. Tu as quelques millièmes de seconde pour bien
réagir à une situation dangereuse. Et tu sais ce que tu dois faire. À ski,
l'avalanche est imprévisible. C'est pour ça que j'ai moins peur en Base".
EN SAVOIR PLUS :
- Précision :
Base est un acronyme anglais déterminant les quatre " objets " d'où un Base
jumper peut s'élancer. " B " pour " Buildings ", c'est-à-dire n'importe quel
bâtiment. " A " pour " Antenna ", une tour non-habitée ou une structure telle
qu'une grue. " S " pour " Span ", un ouvrage comme un pont ou une arche. " E "
pour " Earth ", une zone de saut naturelle comme une falaise. Une autre version
teintée d'humour noir traduit Base ainsi " Bones And Shit Everywhere ", " des
os et des déchets partout ".
- Historique :
S'il est possible de considérer certains sauts d'aventuriers du début du
XXe siècle qui s'élancèrent de la statue de la Liberté ou la Tour Eiffel comme des
sauts de Base jump, il faut attendre 1976 pour assister à la naissance du Base
jump moderne avec un premier saut très médiatisé puisqu'il s'agit de la
séquence d'ouverture du James Bond L'Espion qui m'aimait, où l'on voit Rick
Sylvester s'élancer du mont Asgard au Canada. Pionnier, Carl Boenish a filmé
dès 1978 ses premiers sauts depuis les falaises d'El Capitan, dans le Yosemite.
Il périt dans les falaises norvégiennes en 1984.
- Internet :
www.extremebase.de : D'excellentes
vidéos et photos disponibles. Un forum très fréquenté pour poser des questions.
Et des liens vers tous les sites essentiels consacrés au Base Jump.
www.base-jump.com : L'association française de Base. Se renseigner sur tous les spots (certains sont interdits !). Des conseils pour bien débuter, même s'il est acquis que la pratique du Base demande une initiation particulière. Quelques liens bien utiles.
- Kjerag :
Toutes les informations pour s'y rendre et s'y loger sur www.basekjerag.com
Il est demandé un minimum de 300 sauts dont 20 dans les 6 derniers mois pour
pouvoir s'élancer du haut des falaises. Chaque sauteur doit s'acquitter d'un
forfait pour sauter. Si vous avez moins de 15 sauts en Base jump, il est
obligatoire de passer une formation d'une journée. Plus d'info : vibknuts@online.no
ou au 00 47 51 88 12 10
- Matériel :
La majorité des Base jumpers disposent d'un matériel spécifique, différent de
celui utilisé par les amateurs de chute libre. Pour le sac et le parachute il
faut compter environ 3 000 €. www.adrenalinbase.com
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