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Basejump

Le 21/10/2006 - 14h44
Par SPORT / Christophe Alonso

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La tête dans les fjords

SportWeek

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S'élancer des plus hautes falaises d'Europe pour vingt secondes de chute libre au-dessus des fjords. En Norvège, Kjerag et son massif de granite de 1 000 m d'altitude attire les Base jumpers du monde entier.

" D'abord, l'impression d'arriver au bout de l'Europe, avec des fjords à perte de vue. Puis, en atteignant cette vallée, la découverte de deux falaises, comme coupées au cutter, qui se jettent, verticales, dans la mer. Du délire ! Étourdissant, au point d'avoir le vertige au sol. J'avais mal au cou à force d'admirer ces deux murs de 1 000 m qui me dominaient. Je me sentais comme une fourmi au milieu d'une baignoire ! "

Et la fourmi de monter chercher ses 20 secondes de chute libre. Skieur extrême émérite et multiple médaillé aux X-Games, Enak Gavaggio, 27 ans, n'a pas pour habitude de laisser passer les trains. Plutôt du genre à s'y agripper en route. Mecque du Base jump dans le monde, Kjerag est un spot pour lui et pour ses deux potes, le skieur Laurent Niol et le snowboarder Sébastien Coquillard. Noyau dur d'une équipe de chasseurs de sensations fortes au nom très explicite, " Ça envoie du gros ".

Le risque est omniprésent

Voilà donc l'équipe en Norvège, " pour se détendre après la saison d'hiver ", au bord d'une falaise de 1000 m. Prêts pour le décompte. 3... 2... 1... Base ! " C'est vrai qu'on devient vite euphorique. D'habitude, chez nous, à Bourg-Saint-Maurice, on saute de falaises de 150 m. Kjerag et ses 1000 m, c'est une autre dimension. Ici, on peut effectuer des sauts de plus de 20 secondes dans un décor enivrant. " Enak ne cache pas son enthousiasme et s'empresse d'évoquer le smoke pant. " Certains sauteurs s'amusent à faire des trous avec leur cigarette dans des pantalons de pêche en toile pour que l'air s'y engouffre et le gonfle. Ils peuvent ainsi dériver plus longtemps, ralentir leur chute. "

À Kjerag, équipés de leur smoke pant, les meilleurs frôlent les 30 secondes. La dérive permet également au sauteur de s'éloigner de la paroi et d'éviter toute mauvaise surprise au moment de l'ouverture du parachute. Un mauvais pliage, un coup de vent, une mauvaise position, et le sauteur se retrouve projeté contre la paroi... sans parachute de secours. À Kjerag, où le Base jump se pratique depuis 1994, on compte 66 accidents, dont 8 mortels, pour plus de 15 000 sauts. Le sinistre pic de 1999 et 2000 (1 950 sauts, 15 accidents, 2 morts) correspond au boom de cette pratique. L'année dernière, seuls 5 accidents, non mortels, ont été recensés. Là-bas, tout est tourné vers la pratique de cette discipline extrême. Au bas des falaises, un bateau récupère les sauteurs. Une demi-heure de voiture et à peine plus d'une heure de marche plus tard, les revoilà en haut de la falaise. " C'est aussi pour c'est aspect pratique que l'on choisit de faire un road-trip en camping-car jusqu'en Norvège ", explique Denis Raffault, organisateur du voyage, journaliste, rider et créateur du team.

" Les gars n'ont encore qu'une petite expérience en Base jump, poursuit-il, ce sont avant tout des skieurs qui veulent se rapprocher du Base car c'est un superbe sport de montagne, très pur. " Lors de ces dix jours passés en Norvège, ils n'ont pu réaliser que six sauts. La faute à une météo capricieuse avec laquelle il ne faut pas flirter. " On est des basers occasionnels et, à chaque fois que l'on saute, c'est très puissant. On garde le recul suffisant pour être sûr de ce que l'on fait. Le danger commence quand tu atteins un bon niveau et que tu te laisses aller, analyse Enak. J'adore cette sensation de vitesse, l'accélération que tu ressens. Ce moment, après l'impulsion, où tu te sens aspiré par le vide et que tu vois la paroi défiler à toute vitesse. "

Un jeu réservé à une élite de sauteurs ayant au moins 300 sauts d'avion. Une famille au sein de laquelle Enak et ses amis ont posé leurs spatules, avec la décontraction de riders habitués à braver les dangers de la montagne. " En chute libre, si tu respectes les procédures, il ne peut rien t'arriver. En Base jump, tu ajoutes un facteur risque. Plus les falaises sont petites, plus les sauts sont agressifs. Tu as quelques millièmes de seconde pour bien réagir à une situation dangereuse. Et tu sais ce que tu dois faire. À ski, l'avalanche est imprévisible. C'est pour ça que j'ai moins peur en Base".

EN SAVOIR PLUS :

- Précision :
Base est un acronyme anglais déterminant les quatre " objets " d'où un Base jumper peut s'élancer. " B " pour " Buildings ", c'est-à-dire n'importe quel bâtiment. " A " pour " Antenna ", une tour non-habitée ou une structure telle qu'une grue. " S " pour " Span ", un ouvrage comme un pont ou une arche. " E " pour " Earth ", une zone de saut naturelle comme une falaise. Une autre version teintée d'humour noir traduit Base ainsi " Bones And Shit Everywhere ", " des os et des déchets partout ".

- Historique :
S'il est possible de considérer certains sauts d'aventuriers du début du XXe siècle qui s'élancèrent de la statue de la Liberté ou la Tour Eiffel comme des sauts de Base jump, il faut attendre 1976 pour assister à la naissance du Base jump moderne avec un premier saut très médiatisé puisqu'il s'agit de la séquence d'ouverture du James Bond L'Espion qui m'aimait, où l'on voit Rick Sylvester s'élancer du mont Asgard au Canada. Pionnier, Carl Boenish a filmé dès 1978 ses premiers sauts depuis les falaises d'El Capitan, dans le Yosemite. Il périt dans les falaises norvégiennes en 1984.

- Internet :
www.extremebase.de : D'excellentes vidéos et photos disponibles. Un forum très fréquenté pour poser des questions. Et des liens vers tous les sites essentiels consacrés au Base Jump.

www.base-jump.com : L'association française de Base. Se renseigner sur tous les spots (certains sont interdits !). Des conseils pour bien débuter, même s'il est acquis que la pratique du Base demande une initiation particulière. Quelques liens bien utiles.

- Kjerag :
Toutes les informations pour s'y rendre et s'y loger sur www.basekjerag.com
Il est demandé un minimum de 300 sauts dont 20 dans les 6 derniers mois pour pouvoir s'élancer du haut des falaises. Chaque sauteur doit s'acquitter d'un forfait pour sauter. Si vous avez moins de 15 sauts en Base jump, il est obligatoire de passer une formation d'une journée. Plus d'info : vibknuts@online.no ou au 00 47 51 88 12 10

- Matériel :
La majorité des Base jumpers disposent d'un matériel spécifique, différent de celui utilisé par les amateurs de chute libre. Pour le sac et le parachute il faut compter environ 3 000 €. www.adrenalinbase.com


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