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Alpinisme

Le 21/11/2008 - 10h35
Par MYFREESTYLE / Geoffroy Bresson, envoyé spécial à Chamonix

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Chamonix, rencontres au sommet

SportWeek

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Ils vivent toute l'année là où vous ne passez que quelques jours. Sport est parti à Chamonix, au pied du Mont-Blanc, rencontrer ceux qui ont fait de la montagne leur mode de vie.

Il s'appelle Roger. Roger Ravanel. Mais à Chamonix, la précision semble inutile. Depuis des générations, la plupart des familles de la région se nomment ainsi. Roger a 66 ans et un léger embonpoint. Il vit reculé, plus haut dans la vallée, depuis qu'il est né. Ce guide de haute montagne habite une maison savoyarde en ossature bois, construite par son grand-père, au coeur du village d'Argentière. À côté de sa chaumière, il y a un pré, avec des vaches de combat dont la reine se nomme Raton. Raton, belle noire dotée de formes saillantes, a gagné les joutes qui l'opposent chaque printemps aux bêtes de son troupeau. Depuis, elle a naturellement grimpé dans la hiérarchie des bovidés. Les autres doivent la laisser brouter l'herbe dans l'endroit qu'elle a choisi, au moment où elle l'a décidé. Ses apprentis se résignent à se conformer à la moindre de ses volontés. Ils peuvent beugler, la nature est ainsi faite. Telle est la vie à la campagne, au milieu des montagnes. Simple et authentique.

Pas de retraite pour les guides

Sauf que l'hiver, le pré de Raton et de ses disciples se transforme en piste de ski. L'une des centaines que compte la vallée, au pied du Mont-Blanc. Quand la neige pointe son nez, les vaches rentrent à la ferme et Roger Ravanel, lui, chausse ses skis. " J'ai plus de 60 ans ? Et alors ?, répond celui qui, en quarante ans de carrière, n'a jamais perdu un client. Il n'y a pas de retraite pour les guides. Moi, j'exercerai jusqu'à ce que mon corps dise stop. " Sa vallée de Chamonix est aujourd'hui le troisième site naturel le plus visité au monde. Dans les remous des chutes du Niagara et à quelques encablures du mont Fuji. Si notre Argentiérois a su séduire des dizaines de clients privés, dont certains suivent mordicus ses traces depuis bientôt un demi-siècle, c'est surtout le Mont-Blanc, et les pics de 4 000 mètres des alentours, qui provoquent une telle attractivité.



 " Cette montagne a changé notre vie, admet Roger. Enfin, surtout les remontées mécaniques construites pour l'admirer. Ce massif, lui, il est là depuis plus longtemps que nous. " Le tourisme est donc devenu l'activité principale de la région. Grâce au téléphérique de l'aiguille du Midi, qui catapulte les visiteurs à 3 800 mètres d'altitude, avec vue imprenable sur le toit de l'Europe. Grâce aussi à toutes les autres infrastructures conçues pour partir explorer le coeur du massif. Autant dire que si la crise économique dont tout le monde parle forçait les vacanciers à ne plus se déplacer cette année, les conséquences s'avéreraient désastreuses pour les Chamoniards. Mais à entendre les chiffres que l'on étudie religieusement dans la vallée, et selon les prévisions du groupement interentreprises France Montagnes, la fréquentation des stations ne chutera pas cette année.

500 000  pour 80 m2

" Les commerçants restent tout de même inquiets ", tempère Bernard Prud'homme. Du haut de son 1,95 m, cet ancien guide est devenu directeur de l'office de tourisme. On trouve une place pour tous les montagnards dans la communauté des Chamoniards. " On devrait, effectivement, voir passer toujours autant de monde dans la vallée, reprend-il, mais on ne sait pas encore si les clients consommeront autant qu'avant. " Dans cette ville de 10 000 habitants, il y a en effet de quoi vider les poches des visiteurs, même les plus fortunés. Tout ce que l'industrie des sports outdoor compte de grandes marques envahit les allées piétonnes. On pourrait partir pour le Grand Nord canadien que les commerçants du coin disposeraient de quoi nous équiper pendant des années sans assistance. Les richesses de Dame Nature attirent les businessmen de tout poil. 40 % des acheteurs de biens immobiliers sont anglais. Le nombre de lits augmente, mais la recherche d'un logement se complique pour les familles qui occupent le coin depuis des lustres.



Les prix de l'immobilier sont plus de deux fois supérieurs à la moyenne du territoire français. Chamonix se hisse dans le peloton de tête des villes les plus chères du pays. Et les guides de haute montagne eux-mêmes commencent à avoir des difficultés pour s'y loger. " Comptez plus de 500 euros pour un minuscule studio de 19 m², peste Baptiste Rousset, 29 ans, qui exerce la profession depuis quatre ans. Pour acheter un appart de 80 m², les tarifs montent à 500 000 euros. Nous qui vivons de la montagne, on ne peut pas dire que l'on s'enrichisse en s'installant ici. Qu'importe. Ce n'est pas pour l'argent que nous venons. " Bien au chaud sous sa grosse masse de cheveux ébouriffés, le vice-champion de France de parapente privilégie sa qualité de vie à son portefeuille. Il cumule les diplômes de moniteur de ski, guide de haute montagne et professeur de vol libre. Respectivement sept, cinq et trois ans de formation. De quoi tenir l'année. " Vous savez, même si ça fait grimper les prix des maisons, c'est un bon point qu'il y ait des Japonais et des Chinois dans nos remontées mécaniques. S'ils n'étaient pas là, le téléphérique de l'aiguille du Midi ne serait pas ouvert aussi longtemps pendant la saison. Ça nous arrange, parce que c'est de là-bas qu'on s'envoie en l'air avec nos parapentes. On se prend un vide de 2 000 mètres au décollage et on peut faire coucou au Mont-Blanc. Grandiose. "

Avec le développement des remontées mécaniques et la modernisation des pratiques, la montagne, même version fun, est devenue accessible à tout âge. " J'ai un client de 70 ans qui s'est mis au speed-riding [une nouvelle activité qui consiste à alterner le vol libre et le ski, ndlr] ", sourit Sandy Cochepain, 37 ans, championne du monde de parapente en 1997 et présidente de l'association Les ailes du Mont-Blanc. " Attention, on n'est pas des barjots, coupe Denis Étienne, guide de haute montagne de 52 ans, devenu un doux dingue de tous ces sports où l'on peut s'envoyer en l'air. On ne prend pas de risques insensés. C'est juste qu'ici, on a un rapport à la vie différente. La notion d'extrême ne prend pas le même sens qu'ailleurs. On sait que l'on prend des risques, mais on a toujours dans la tête la volonté de les minimiser. " Les pros de la montagne semblent faire " mumuse " toute l'année avec leur freeride et les activités qui en découlent. Mais eux aussi doivent adapter leur offre de loisirs au marché. Comme tout commerçant qui se respecte.



De la tête aux pieds

" On est entrés dans le monde du zapping, se résigne Xavier Chappaz, président de la compagnie des guides de Chamonix depuis douze ans. Les séjours ne durent pas plus d'une semaine. Les gens veulent faire des tas d'activités sans se préparer. On leur prévoit des séances à la mi-journée, où ils peuvent en plus pratiquer des sports différents. Escalade, randonnée et tout le toutim. " " Je pourrais avoir du travail toute l'année dans la montagne si je le voulais, enchaîne Catherine Duranti. À 42 ans, l'institutrice passe ses vacances en tant qu'accompagnatrice de moyenne montagne. " Je suis une lambda, qui a décidé de rendre sa vie un peu fun, au milieu d'une nature exigeante, se décrit-elle. La randonnée, c'est ce qui cartonne en ce moment. Pas besoin d'un entraînement intensif, à l'instar de l'alpinisme pur et dur, en perte de vitesse. " La montagne est devenue accessible à tous. Les touristes arrivent équipés de la tête aux pieds. Sur Internet, ils organisent leur séjour selon la météo. Mais, à Argentière, chez Roger Ravanel, on a déjà vu passer beaucoup de ces étrangers qui se prennent pour Dieu, avec la paire de ski à la mode. " Plus ils ont, plus ils y vont, plus ils se sentent invincibles, résume le vieux briscard. Moi, mon meilleur Météo France, ce sont mes yeux dès que j'ouvre les volets. Des gens qui ont péri dans la montagne, j'en ai déjà connu pléthore. Je sais que l'on ne peut pas y faire n'importe quoi. Je me souviens qu'un jour, j'étais parti pour une expédition à plus de 7 000 m en Inde. On avait atteint les 6 000 m quand un de mes clients, belge, a avoué qu'il n'avait skié que deux fois dans sa vie. " Les remontées mécaniques ont beau avoir révolutionné Chamonix, l'équipement et l'immobilier devenus un marché fructueux, dans ces montagnes, rien ne remplacera jamais l'expérience du Chamoniard.

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posté le 06/12/2008 22h50, par cham    alerter l'équipe de modération  

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