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Alpinisme

Le 26/08/2006 - 14h18
Par SPORT / Stéphane Méjanès

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Mont McKinley : montagne tragique

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C'est l'un des sommets les plus meurtriers au monde : 4 000 m à gravir depuis le camp de base par -50°C et balayé par des vents de 160 km/h. Le McKinley attire pourtant chaque année un millier de candidats aux sensations fortes. Découverte.

Un hélicoptère duquel pend un filin auquel est accrochée une grappe macabre de cadavres congelés. Un autre qui décroche à quelques mètres du sol, dont les pales explosent au contact de la couche neigeuse et qui dévale la pente en tonneaux vertigineux. Trois alpinistes que l'on remonte du tréfonds d'une crevasse en prenant mille précautions après qu'ils ont échappé au traumatisme de la chute et à l'ensevelissement.

Ces images saisissantes, on peut les voir dans le très beau documentaire de Dominique Pipat, Les Sauveteurs de l'extrême (Patly Productions), diffusé récemment dans le cadre de l'émission " Des Racines et des Ailes " (France 3). Leur point commun : elles ont toutes été filmées sur le mont McKinley, appelé aussi Denali (" Le Géant " dans la langue des Indiens Athabaskan), le plus haut sommet d'Amérique du Nord, qui culmine à 6 194 m, au coeur de l'Alaska.

Le danger rôde sur tous les massifs du monde, au McKinley plus qu'ailleurs. Son altitude serait presque ridicule par rapport aux plus hauts sommets himalayens qui dépassent largement les 8 000 m. Mais sa situation géographique, à 63° de latitude nord (27°N pour l'Everest), et les conditions climatiques qui y règnent le transforment en enfer blanc. La pression atmosphérique y est si basse, l'oxygène si rare, que respirer est un effort de chaque instant. On s'expose à la formation de bulles d'azote dans les tissus et les liquides organiques caractéristiques de la maladie de décompression, ou " mal des caissons ". Le risque d'oedème pulmonaire ou cérébral, les causes les plus fréquentes de mortalité en montagne, est omniprésent. Compte tenu de ces conditions, les 6 194 m du McKinley sont équivalents à 7 000 m en Himalaya. Et si les 8 844 m du mont Everest étaient posés au même endroit, il serait humainement impossible de le gravir.

Pour ne rien arranger, le McKinley est balayé par des vents polaires venus de la mer de Béring, d'une extrême violence (jusqu'à 160 km/h) et capables de faire chuter la température jusqu'à -50°C. La météo y est, de plus, extrêmement changeante. De brutales chutes de neige recouvrent des ponts de neige ouvrant sur des crevasses meurtrières. Un piège à chaque pas. Il n'est pas non plus rare de rester bloqué plusieurs jours. Ce qui vaut aussi pour des secours parfois impuissants. En mai et juin, seule période praticable, cela n'empêche par un millier de candidats de se presser à Talkeetna (1 151 cette année), à 100 km du camp de base.

Moins de la moitié connaîtront l'ivresse du sommet. Depuis 1932, 95 ne sont jamais revenus. Pourtant, avant de laisser monter les prétendants dans un avion-taxi, les rangers procèdent à un briefing méthodique où les photos de doigts noircis par la morsure du gel tiennent une bonne place. C'est la lucidité et la qualité de l'équipement des grimpeurs qui sont ici évaluées. L'état physique aussi, puisque, contrairement aux cordées himalayennes, il n'y a pas de porteur. On progresse avec tout son matériel sur le dos ou sur des traîneaux comprenant évidemment des rations pour trois semaines de totale autonomie.

Dans de bonnes conditions, l'ascension par la voie la plus fréquentée (90 % des cordées), baptisée West Buttress, n'est pas techniquement difficile. Des cordées fixes sont même régulièrement entretenues par des bénévoles dans certains passages délicats. C'est l'un des pièges du Géant. " Certains pensent qu'après avoir fait le mont Blanc et le Kilimandjaro, ils peuvent attaquer facilement le McKinley, explique Denis Étienne, membre de la Compagnie des guides de Chamonix et qui a atteint deux fois le toit du Denali. En fait, c'est à la fois de l'alpinisme et une expédition polaire. La progression n'est pas très compliquée, sauf sur l'arête finale. C'est un peu comme si on faisait le mont Blanc en quinze jours. "

Ce qui a surtout frappé ce vainqueur de l'Everest, c'est l'immensité (" on pourrait mettre le glacier d'Argentière tout entier dans un seul glacier moyen du McKinley ") et l'isolement (" au Népal, on est toujours à deux jours de marche d'un village, Talkeetna est à dix jours "). Au bout du compte, quand tout va bien, le plaisir . " C'est un souvenir exceptionnel, s'émerveille-t-il. Le plus beau sommet de ma carrière. On est seul, sans logistique lourde, c'est de l'alpinisme à l'état pur. "


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