Le 20/11/2008 - 14h39
Par
SPORT / Geoffroy Bresson
Nicolas Vanier chez les Evènes
SportWeek
Isolés au fin fond de la Sibérie, les Evènes cultivent le mystère en vivant dans le plus grand secret. Mais dans les années 90, l'aventurier Nicolas Vanier s'est immergé pendant douze mois dans cette tribu.
Présentez-nous ce peuple qui devrait être pris, selon vous, en exemple par les pays dits développés...Le Evènes sont 2 000 nomades qui vivent de l'élevage du renne, en Sibérie, au milieu des montagnes Verkoïansk, dans un endroit où les températures descendent jusqu'à - 70°C. Au début des années 90, pendant une année, je me suis intégré à leur communauté. Ces gens m'ont initié à leur vie. J'ai été nommé gardien de rennes. J'ai remonté le temps grâce à eux.
Comment s'inspirer de ces nomades ?Ils portent un message d'avenir extraordinaire. Ils n'ont rien, mais ils ont tout. Nous on a tout, mais on n'a rien. Vous suivez ? Malgré leur pauvreté, les gens peuvent vivre jusqu'à 90 ans. Le visage des anciens est couvert de rides de bonheur. Ils ont passé leur vie à se marrer. C'est un peuple heureux. Quand on voit leur joie, nous, les Occidentaux, avons des questions à nous poser. On cherche toujours à avoir plus, mais on n'est pas plus heureux pour autant. Le système explose. Et la crise financière actuelle en est la dernière preuve.
Les Evènes ont-ils la solution pour enrayer cette inexorable chute ?Ils nous montrent une voie à suivre. On a conjugué le verbe avoir pendant 50 ans. Il faudrait commencer à changer de vocabulaire et s'intéresser au verbe être.
Vous voulez dire qu'il faut revenir en arrière et se remettre à la charrette, comme ce peuple du froid ?Pas du tout. Il y a juste des enseignements à tirer de leur mode de vie. On parle beaucoup de développement durable, mais on n'a plus besoin de se développer. On doit surtout répartir les richesses. Il faut parler de vie durable. Les Evènes vivent depuis des millénaires avec 3 000 rennes. Ils en ont toujours 3 000. Jamais ils ne prélèveraient plus de 150 bêtes par an. Ils savent que s'ils en tuaient 400, l'année suivante, leur population de bétail diminuerait. Nous, on a vidé nos océans de ses poissons et nos forêts de ses arbres.
A vous entendre, on dirait que vous avez trouvé le paradis. Pourquoi n'êtes-vous pas resté là-bas ?J'ai été tenté. J'ai noué des liens très forts avec les membres de ce peuple. Ils m'ont proposé de rester parmi eux. Mais j'ai trouvé mon équilibre entre ces voyages et la vie que je mène en France... Ici, j'ai mes racines et ma famille. J'en ai besoin pour vivre. Si j'avais passé ma vie à garder des rennes, j'en aurais tiré un art de vivre personnel. Je suis heureux de donner un sens à ce que je fais aujourd'hui.
En vous immergeant parmi les Evènes, vous avez été marqué par le rapport qu'ils entretiennent avec les loups...Oui. Les Evènes chassent et haïssent les loups, parce qu'ils tuent leur rennes. En même temps, ils respectent cet animal, qui subit les mêmes blizzards qu'eux.
Et ce respect n'existe-t-il pas aussi chez nous dans nos montagnes ?Nos bergers connaissent, en effet, la même ambiguïté avec les loups. Ils détestent cet animal qui attaque leurs moutons, mais d'un autre côté, ils les fascinent. En fait, les bergers haïssent surtout les citoyens des villes qui ne comprennent pas qu'ils sont bien obligés d'abattre ce gros mammifère. Ils n'aiment pas ces Parisiens qui disent que c'est formidable qu'il y ait des loups en France et qu'il faut les protéger. Qu'ils gardent les moutons pendant une semaine pour qu'ils voient ce que cela représente. La réalité, c'est qu'il faut chercher un équilibre. Et les Evènes l'ont trouvé.
Propos recueillis par Geoffroy Bresson
Soyez le premier à donner votre avis