Le 15/02/2007 - 19h21
Par
SPORT / Stéphane Méjanès, à Champagny-en-Vanoise
La Gorzderette est une compétition unique en Europe. Elle réunit champions et amateurs d'escalade sur glace, juste pour le plaisir. Reportage.
Il est en retard. Tim Emmett, l'un des plus grands grimpeurs britanniques, toujours entre deux avions et deux ascensions, a eu du mal à arriver jusqu'à Champagny-le-Haut mais n'aurait raté pour rien au monde ce rendez-vous. Alors, à peine arrivé, il saute de sa voiture, chausse ses crampons, enfile un harnais, coiffe un casque et empoigne deux piolets. La tour de glace le nargue avec son allure de grosse bestiole préhistorique conservée à la façon d'Hibernatus. Chauffé au micro par Sam Beaugey, l'un des créateurs de l'événement, il s'élance sous un pilier, en dry tooling (progression mixte : glace et prises en résine). Difficulté 100. Pas mieux.
Avec une précision diabolique, dans un mélange de délicatesse et de force, il se sert de la pointe de ses piolets comme de ses doigts pour progresser à une allure folle. Il tire la corde avec les dents et s'assure d'un clic aux mousquetons. Il pique la glace d'un coup sec, le poignet relâché, ou crochète les prises existantes, à l'endroit, à l'envers, en Yaniro (figure qui consiste à passer la jambe au-dessus du bras opposé pour se donner de l'allonge), le nombril collé à la paroi ou pendu dans le vide sous la voûte. Il suffit d'avoir tenté l'expérience, d'être resté les bras tétanisés à 20 m du sol pour admirer l'exploit. Il fait nuit noire et -15°C, malgré les cracheurs de feu, mais Tim aime ça et les quelque 300 personnes encore présentes aussi.
23 m et 600 tonnes d'eau
C'est ça, la Gorzderette, seule compétition du genre en Europe. Nous sommes dans le vallon de Champagny-le-Haut (par-delà les gorges, d'où le surnom des habitants, les Gorzderets), réputé pour être le plus froid de la Tarentaise. Il y a quatre ans, Stéphane Husson, vice-champion du monde d'escalade sur glace en 2001 et 2002, Samuel Beaugey et Erwan Le Lann, grimpeurs et réalisateurs notamment de " Québec Givré " (Sport n°84), décident de s'inspirer des épreuves de Coupe du monde pour imaginer une structure dédiée à leur passion. Résultat, un monstre démontable de 23 m capable de supporter 600 tonnes d'eau gelée en provenance d'une source. " Aujourd'hui, on peut y organiser des championnats du monde ou y accueillir des débutants ", précise Erwan en zozotant un peu, séquelle d'une énorme chute en B.A.S.E. jump (chevilles brisées, mâchoire fracturée, dents expulsées). " On a voulu créer une épreuve conviviale où les pros côtoient les amateurs ", confirme Steph Husson. Toute la journée, 172 personnes (50 % de plus qu'en 2006), par équipes de deux, ont participé à quatre épreuves : escalade de glace, course de luge à foin (une tradition locale), biathlon (ski de fond, tir à l'arc), alpinisme en rase-mottes sur un parcours reproduisant différentes situations. Un rassemblement bon enfant et l'une des plus belles concentrations de champions au mètre carré.
Les alpinistes américains Vince Anderson et Steve House, Piolet d'Or 2006, sont venus faire le show avec leurs successeurs au palmarès du trophée, les Slovènes Marko Prezelj et Boris Lorencic. On a pu également y croiser Liv Sansoz, multiple championne du monde d'escalade, qui aime " les sensations de glisse, de fluidité dans l'espace " propres à cet " élément en mouvement ". Plus surprenant, on y a rencontré Karine Ruby, première championne olympique de snowboard, qui se prépare à devenir guide, jure qu'elle est " nulle ", qu'elle a " tout à apprendre ", mais apprécie " l'aspect technique plus que l'esthétique " de la discipline. Il y en avait décidément pour tous les goûts et ça valait vraiment la peine de briser la glace.
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| La tour de glace de la Gorzderette est ouverte tout l'hiver... quand les conditions le permettent. Cet hiver, elle a été une première fois englacée, mais la douceur a ruiné les efforts des bénévoles. Du mercredi 16 h au vendredi 16 h, veille de la compétition, il a fallu arroser jour et nuit, depuis le haut de la tour à 23 m, et du pied avec un canon à neige. Au final, elle était parfaite avec ses deux faces en dévers, ses deux passages en dry tooling et ses neuf faces plus ou moins pentues. Si vous voulez tester cette pratique, il vous en coûtera 25 € pour une séance de 2 h, prêt de matériel inclus. Rens. : www.gzd.fr et 04 79 55 06 55. | La tour de glace attire les candidats aux sensations fortes au coeur du vallon de Champagny-le-Haut. Là où elle est située, " le soleil disparaît le 15 novembre et réapparaît le 15 février ", explique Stéphane Husson. C'est aussi un terrain de jeu idéal pour les amateurs de ski de fond avec plus de 30 km de piste. Les bouquetins, visibles à l'oeil nu, sont également une attraction de ce site préservé, aux portes du Parc national de la Vanoise. 5 km plus bas, à Champagny-en-Vanoise, l'une des 10 stations de La Plagne, c'est le domaine de Paradiski qui attend les dingues de glisse. |
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