Le 24/11/2006 - 07h39
Par
SPORT / Geoffroy Bresson
L'aigle du Mont-Blanc
SportWeek
Mi-homme volant, mi-homme glissant, François Bon est un pionnier. Il a descendu le mont Blanc en speed-flying pour le plus long run de l'histoire entre ciel et neige, le plus grand dénivelé jamais tenté. Récit d'une descente fantastique.
Prise d'élan. Les skis plongent dans le gouffre alpin. La voile se gonfle : 8 m² de stabilité, de résistance, de solidité. L'engin est un prototype à caisson, mélange redoutable de parachute et de parapente. Décollage. L'aigle à visage humain se déploie dans un ciel bleu comme l'océan. Vent faible, visibilité optimale, conditions idéales. Là-haut, à plus de 4 800 m, François Bon, enfant de la glisse et maître des vents, rase les pentes de la face Nord du mont Blanc. À 40, 60, 80 km/h. "
À cette vitesse, on se prend pour une bête de freeride. La voile permet d'accélérer en toute sécurité. Le sentiment de vivre intensément chaque moment, c'est quelque chose d'incroyable ", s'émerveille le champion du monde de parapente acrobatique. Seul dans son rêve : partir du plus haut sommet des Alpes et s'arrêter 3 800 m plus bas, dans la plaine, skis aux pieds. Neige. Séracs. Neige. Séracs. Sous les pieds, le paysage déroule comme un film en accéléré. Le vent siffle dans les oreilles. L'adrénaline atteint des niveaux inconnus. Le corps ne fait plus qu'un avec l'engin. Les neurones convergent en harmonie pour suivre la trajectoire idéale. Un chemin bien réfléchi et appris comme une poésie.
100m au dessus des arbresNeige. Roche. Neige. Roche. François Bon aborde le " no man's land " hostile du dôme du Goûter (4 304 m) et les gigantesques barres de séracs du glacier de Taconnaz. Il saute les crevasses, glisse sur les zones vierges. L'espace s'ouvre devant lui, laisse l'être ailé voguer où bon lui semble. En haut, en bas, à gauche, à droite. Libre comme l'air. "
C'est une façon nouvelle d'aborder la montagne, philosophe le freeskieur volant. On peut aller dans des endroits encore jamais fréquentés. " Filer droit vers l'inconnu. Neige. Roche. Neige. Roche. Végétation. Ça y est, il ne glisse plus. Fini le rase-mottes avec les pentes. Le voilà qui vole, tout simplement, 100 m au-dessus des crevasses, des arbres et des rivières. "
Dès qu'un obstacle apparaît, il y a toujours la possibilité de s'équilibrer. On fait corps avec la voile. On trace les mêmes courbes sur la neige que dans le ciel. " Ainsi navigue le speed-flyer. Glissant dès qu'il le peut, volant quand il le veut. La plaine approche. Il faut repérer la piste où se poser. Huit minutes seulement se sont écoulées. Beaucoup plus haut, ses partenaires d'expédition ne font qu'entamer leur descente. Ils remonteront jusqu'au plan de l'Aiguille du Midi, utiliseront le téléphérique pour revenir à la civilisation. François Bon, lui, n'a que faire de ces détails. Avec la nature comme alliée, il rejoint l'arrivée. Atterrissage. Chute. C'est fait, le p'tit gars de Bourg-Saint-Maurice a inscrit son nom sur la liste des pionniers. "
La descente du mont Blanc, c'est une hallucination de haut en bas. On se sent complètement dans l'élément. La grande aventure. Un truc énorme. "
EN SAVOIR PLUS
François Bon en bref
Né le 4 octobre 1972
Spécialités : parapente, deltaplane, parachutisme
Palmarès : record du monde de vitesse en speed-flying sur ligne droite
(146,46 km/h sur la piste olympique des Arcs en 2006), 1er speed-flyer à
descendre le mont Blanc et l'Heiger (Suisse).
Sponsors : Cébé, Gin gliders, The North Face, Les Arcs.
Site Internet : www.acro-base.com
Pratiquer
Pour s'initier, La fédération a mis en place les conditions pour faire du
speed-flying une activité accessible pour tous (formation des cadres, création
d'écoles spécialisées). On peut le pratiquer dans deux stations
françaises : Les Arcs (04 79 07 12 57 ou lesars@lesarcs.com ) et Valfréjus (04 79
05 33 83 ou info@valfrejus.com ). Cinq
jours d'initiation chez Alerion (Bourg-Saint-Maurice) vous coûteront
435 €. (www.alerion.fr )
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