Le 20/11/2007 - 13h52
Par
SPORT / Matthieu Sustrac
L'appel du Grand Nord
SportWeek
Fabien Docet est le premier homme à tenter de faire le lien entre le Pacifique et les rives du Saint Laurent au Québec. Parti depuis 4 mois, le Français est au tiers de son périple de 6700 km, stoppé par le climat trop doux.
"Faire de sa vie un rêve et de ce rêve une réalité", comme Saint-Exupéry, Fabien Docet, 45 ans, a décidé de suivre ses envies. Depuis 4 mois, ce Français originaire du Maine et Loire marche seul dans l'immensité froide du Grand Nord canadien. Il est le premier homme à tenter de relier la côte Pacifique aux rives du Saint-Laurent au Québec en marchant. Un parcours de 6700 km sur lequel il devra tirer tous les jours son barda de près de 50 kilos.
Les sacrifices financiers ont pesé moins lourds que la force du rêve et de la découverte de l'audacieux. L'appel du Grand Nord et le vent des montagnes rocheuses ont été trop forts pour cet amoureux des grands espaces. Avec les grizzlis, les loups, les lynx et les caribous comme compagnons de voyage Fabien Docet revisite Jack London et L'odyssée blanche de Nicolas Vanier, ses deux inspirations. Parti du Yukon le 4 juillet, le Français est malheureusement bloqué.
"Après 2400 km à travers les montagnes Rocheuses, la forêt boréale et le franchissement des innombrables cours d'eau des grands parcs nationaux canadiens. Me voici en stand by pendant deux mois à Fort Smith", explique l'aventurier.
L'arrivée ne sera pas pour mars 2008 en raison du redoux qui sévit sur le Grand Nord canadien.
"C'est ce satané hiver, en retard de plus d'un mois cette année, qui me bloque. Il n'y a plus ni route ni chemin devant moi. Pour parvenir à ma prochaine étape, Churchill (1400 km), capitale des ours blancs sur la baie d'Hudson, je dois emprunter le labyrinthe des cours d'eau gelés et contourner les forêts épaisses et marécageuses, totalement impraticables. Et le grand froid se fait attendre et avec lui, le gel", raconte le marcheur longue distance. Fabien reste serein et se plie avec grâce aux caprices du temps.
"C'est la nature qui commande et ici, il convient de la mériter et de s'en faire accepter. Au début, cela a été très dur, surtout dans les Rocheuses. Et puis, petit à petit, ton regard et ta relation à l'environnement changent. Tu captes petit à petit l'esprit du Grand Nord. Tu deviens une partie du tout, le minéral, le végétal, la faune, le climat, le vent, avec lesquels tu partages le quotidien." Un orage cataclysmique avec le majestueux paysage des Rocheuses en trame de fond lui laissent d'ailleurs un souvenir impérissable.
Au contraire de
L'appel de la forêt où London décrit un monde dominé par la peur, c'est dans l'osmose avec la nature et les animaux que le Français accomplit son périple. Les grizzlis et les loups font partis de son quotidien.
"Le grizzli t'observe à une vingtaine de mètres et reste toujours sous le vent pour te sentir. Mais il est rarement belliqueux, il sait qu'il est le plus fort. Lorsqu'il a compris que tu es pacifique, il poursuit sa route, tranquillement", conte Fabien Docet qui n'a emporté aucune arme pour se défendre d'une éventuelle attaque. Le marcheur tricolore fait aussi de belles rencontres humaines. Il a partagé des moments forts avec la Gendarmerie royale du Canada, un trappeur, un chasseur de caribous, des pêcheurs, des
"hommes libres du Grand Nord canadien, forts et solides, hospitaliers et solidaires".
On ne félicitera jamais assez tous ces sportifs qui repoussent les limites humaines en reéalisant de tels exploits.