Le 15/02/2007 - 14h48
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
À plus de 60 ans, l'Américain Will Steger retrouve les contrées glacées qu'il aime tant. À partir du 23 février prochain, et pour quatre mois, il va parcourir la terre de Baffin, pour témoigner des effets du réchauffement climatique et recueillir la parole du peuple Inuit.
Quand on lui demande ce qui le pousse encore, à 60 ans, à partir en
expédition dans des milieux hostiles, Will Steger sourit et lance,
malicieux : "En fait, j'ai 62 ans. " À la vérité, les presque quatre
mois de voyage qui l'attendent, au coeur de la terre de Baffin, au nord
du Canada, dans l'océan Arctique, ne lui font pas peur. "Je suis en
très bonne forme physique, assure-t-il. Je suis surtout animé d'une
grande motivation pour montrer au monde ce qui se passe là-bas. "
Depuis ses premiers coups de rame sur le fleuve Yukon, en 1963,
l'Américain n'a plus jamais cessé d'aller explorer les zones les plus
froides du globe. Et pas seulement pour le plaisir. Dès la fin des
années 60, il explique à ses étudiants de Saint-Thomas, dans son cher
Minnesota, les dangers du réchauffement climatique. Près de quarante
ans plus tard, il repart en croisade. " La glace fond
inexorablement dans ces territoires, s'alarme Will. Dès le début des
années 90, j'ai pu constater que le printemps et l'été duraient de plus
en plus longtemps. Les ours polaires sont menacés d'extinction. " Les
souvenirs de l'expédition Transantarctica, en 1989 et 1990, menée
conjointement avec le Français Jean-Louis Étienne, ont été rattrapés
par une actualité... brûlante. " Avec Jean-Louis, nous avions traversé
une immense banquise qui s'est effondrée totalement en 2002,
déplore-t-il. Presque tous les lieux dans lesquels je suis passé sont
en train de disparaître aujourd'hui. " Après avoir été le premier à
atteindre le pôle Nord en traîneau à chiens et sans ravitaillement
(1986), avoir traversé le Groenland (1988), puis l'océan Arctique, de
la Russie au Canada (1995), il s'apprête donc à relier Iqaluit à
Igloolik, dans le Nunavut canadien, soit un périple de 2 000 km.
Au-delà du constat qu'il sait d'avance accablant sur les effets
physiques du réchauffement, l'objectif du projet est d'aller à la
rencontre du peuple Esquimau, menacé lui aussi dans son existence même,
sa culture et ses traditions. En compagnie de quatre chasseurs inuits,
il va suivre les traces de leur gibier, sur des rivières gelées, dans
des paysages de toundra balayée par le vent, au coeur de fjords
profonds, au milieu de falaises vertigineuses, à travers des glaciers
et sur la mer gelée, vers les villages les plus reculés de ce
mystérieux univers blanc.
La voix des esquimaux
" Je veux entendre la voix des Esquimaux sur la question du réchauffement climatique, précise-t-il. À travers leurs témoignages, je veux toucher le coeur des gens. Faire peur ne mène à rien. C'est en faisant preuve d'émotion et de sensibilité que l'on peut inciter les gens à réagir. " Il ira au bout de cette logique en invitant des Inuits à venir s'exprimer publiquement à Washington DC, la capitale américaine. Avec une équipe de 12 personnes, 44 chiens et du matériel de production pour filmer les rencontres, c'est une expédition à 1 million de dollars (770 000 €) qui a déjà commencé à s'ébranler depuis Ottawa. Et qui est donc conduite par un citoyen du pays le plus gros pollueur de la planète. " Je suis un peu embarrassé et presque honteux, confesse Will Steger. Ce qui s'est passé ces six dernières années ne reflète pas ce que pense la majorité des Américains. On l'a vu aux récentes élections. Dans le Minnesota, tous les Républicains ont été battus. Les choses commencent déjà à changer. " Lorsqu'il a présenté les effets du réchauffement et les solutions pratiques à mettre en place, devant une chambre des représentants de l'État presque pleine, l'événement a été qualifié d'" historique ". " Il y a un an, ça n'aurait intéressé personne, raconte Will. Aujourd'hui, cette question peut réunir à nouveau un peuple américain divisé. Ce sera crucial dans les prochaines échéances électorales. Ce pays doit prendre la tête du mouvement de défense de l'environnement. De toute façon, c'est bon pour notre économie. " De ce point de vue, dans un pays où les compagnies pétrolières sont toutes-puissantes, l'explorateur américain a trouvé des alliés de circonstances en la personne des industriels spécialisés dans la fabrication d'éthanol, un des biocarburants en vogue, réunis au sein de l'Epic (Conseil pour l'information et la promotion de l'éthanol). " C'est notre plus gros sponsor, sans lui rien ne serait possible ", confirme Will.
Branson et Viesturs en seront
Pour arriver à ses fins, l'ensemble de l'équipe devra travailler en
parfaite harmonie avec les chiens. À chaque étape, le montage des
tentes et la construction des igloos constitueront des rituels
précieux. Il faudra faire fondre la glace pour obtenir de l'eau,
préparer les repas, faire sécher les vêtements, tout en n'oubliant pas
de mettre en ordre toutes les informations recueillies sur les Inuits
dans tous les domaines de leur vie : chasse, gastronomie, couture,
éducation et loisirs. En insistant sur les plus anciennes traditions,
avant que la culture occidentale n'imprègne leur mode de vie.
Une
expérience que la Fondation Will Steger aura à coeur de faire vivre au
plus grand nombre, en temps réel. La
progression se fera pour commencer dans une nuit quasi absolue, fin
février, pour se terminer, fin mai, dans une clarté totale. C'est
d'ailleurs sur la fin du parcours que la caravane recevra un renfort de
poids... médiatique. Sir Richard Branson, PDG de Virgin, vient juste
d'annoncer son intention de passer le dernier mois sur la terre de
Baffin avec Will Steger et ses compagnons. L'entrepreneur aventurier
est déjà un grand défenseur de l'éthanol et finance des recherches pour
trouver une alternative au pétrole, notamment dans le cadre de sa
compagnie aérienne. Branson rejoindra l'expédition avec son fils, Sam,
20 ans, mais aussi une légende de l'alpinisme, Ed Viesturs, le premier
Américain à avoir vaincu les 14 sommets de plus de 8 000 m sans
oxygène. Décidément, il se passe quelque chose au Nouveau Monde.
Stéphane Méjanès
Après s'être envolée d'Ottawa, au Canada, l'expédition Global Warming 101, initiée par la Fondation Will Steger, se posera à Iqaluit. De là, elle s'élancera, le 23 février, pour un périple de près de 2 000 km, entraînée par une meute de 44 chiens de traîneau et guidée par quatre chasseurs inuits, en allant à la rencontre de cinq communautés différentes. Tout au long du voyage, l'équipe enverra des textes, des photos et des vidéos qui pourront être reprises par les professeurs et les étudiants qui le souhaiteront, dans le cadre de leurs cours. Avec pour seul but de sensibiliser l'opinion aux effets multiples du réchauffement climatique. À suivre sur : www.globalwarming101.com
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