Le 28/02/2008 - 17h52
Par
SPORT / AFP
Il chemine, solitaire, depuis juillet 2007 dans le Grand Nord canadien, sur les lacs gelés, dans les immenses forêts boréales et à travers des villes fantômes: Fabien Docet, 46 ans fait son "odyssée blanche".
Le
périple de 7000 km
entrepris à pied et sans assistance, le 4 juillet dernier à Whitehorse (Yukon
ouest) par cet enfant de St Philbert-du-Peuple (Maine-et-Loire - 1300 âmes au
coeur de l'Anjou), est sans précédent connu."Bien
sûr, tout le monde a en mémoire le film de Nicolas Vanier avec ses chiens, ses
motos-neige, ses caméras, son assistance motorisée et polluante qui lui valut
des amendes salées dans les grands parcs nationaux... Oh là là, il est
moyennement populaire dans ce Canada profond que j'arpente depuis sept
mois...", s'amuse Fabien Docet. Lui est parti en raclant le fond de son
modeste compte en banque et en mettant à contribution ses amis, pas plus
argentés. "C'est une aventure
d'amitié. Je suis " monsieur tout le monde " qui vient de sauter à
pieds joints dans un bouquin de Jack London". Il en a la "gueule", mangée de
barbe et de glace que perce un regard bleu acier, sur les quelques photos qu'il
a pu faire parvenir en France.
Fabien espérait arriver dans la "Belle Province" en mars. Raté pour cause de réchauffement climatique. "Après les Rocheuses, j'ai été bloqué 3 mois à Fort Smith, dans les territoires du Nord-Ouest. L'hiver n'arrivait pas et la toundra marécageuse restait impraticable. J'ai cru que c'était foutu... Plus un rond et le traîneau qui m'avait été promis par un faux mécène mais vrai salaud, n'est jamais arrivé..."
Calvaire féerique
Mobilisation générale des amis dans l'hexagone. Fabien se bricole un attelage de fortune en arrimant l'une à l'autre deux luges d'enfants. Le voilà reparti par -40° à -60° centigrades, en tirant son barda de 150 kg, sur les cours d'eau gelés et les pistes improbables et enneigées de la planète blanche. Il raconte: "C'était un calvaire, féerique, glacial, mais un calvaire. Je n'avançais pas, arc-bouté sur les harnais. Il me fallait des compagnons de galère. Des courageux, durs au labeur et capables d'endurer les pires conditions. Des pauvres bougres comme moi, mais à quatre pattes. Ils s'appellent Scoty, Speedy, Kujo et No Name la petite chienne. Des Huskys acquis pour quelques dollars et dont personne ne voulait plus. Je fais le chien de tête, je suis le chef de meute." "J'ai eu un drame (la voix de Fabien se brise). Il s'appelait Cash, un gros chien-loup. Il est passé sous un pick-up à Stony Rapids. On a dû l'abattre d'une balle dans la tête. Un crève-coeur."
Lac Athabasca, une banquise de 300 km dans le Saskatchewan... Avalé en un mois par des températures de -65°... Des engelures et des aubes exaltées en sortant de la tente solidifiée par la glace. Et puis, ces paysages apocalyptiques, kilomètres de forêts calcinées pendant les grands incendies de l'été 2004, avec troncs et branches tordus, gris-marrons, surgissant de l'immensité blanche comme des cris de souffrance.
Ville fantôme
Et Uranium City, la ville fantôme. 5000 habitants en 1952, quand tournaient à fond les dizaines de mines extrayant le précieux minerai, mais aussi l'or et le diamant. 1983, les mines ferment. 2003, l'hôpital meurt. Restent quelque 50 habitants, vivant pauvrement, hors du temps et hors du monde. Fabien ne s'est pas attardé. Déprimant ! "Je suis maintenant à Wollaston, à mi-chemin de ma traversée, chez les Indiens Cree. C'est le royaume des loups, des caribous, des lynx, des ours qui hibernent en ce moment. 8 mois d'hiver. Il fait chaud, -22°c..." Fabien et ses chiens ont repris leur piste mardi en direction de Churchill, la patrie de l'ours blanc sur la baie d'Hudson. 750 km à travers la toundra et ses tempêtes de neige que soulève le blizzard. Il espère arriver à Québec au mois de juillet, si la terre du Grand Nord canadien, bouleversée par la fonte de printemps, veut bien encore porter les pas du chemineau Angevin. "A l'école du Grand Nord, j'ai appris que les certitudes n'existaient que pour les imbéciles..."
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