Le 18/10/2007 - 08h36
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Nathalie Pottier, la tête dans les étoiles
SportWeek
Depuis son enfance, Nathalie Pottier n'a qu'un horizon, l'espace. Issue d'un milieu modeste, elle a gravi tous les échelons pour aujourd'hui postuler au rang de spationautes. Portrait d'une future étoile.
"J'ai vu qu'il y avait une vitre que je pouvais casser pour sortir." Depuis qu'elle est restée coincée dans un immeuble de Moscou, obligée par ses compagnons d'infortune à s'extirper par une trappe pour se libérer, Nathalie Pottier ne monte jamais dans un ascenseur sans étudier le moyen de s'en échapper autrement que par la voie naturelle. Dans cet immeuble cossu du XVIe arrondissement où nous la rencontrons, le monte-charge est d'époque et propice à l'effraction. L'inquiétude est compréhensible, mais cocasse, au regard de ses aspirations. À 34 ans, Nathalie est ingénieur lanceur pour une agence spatiale européenne. Une rampe de... lancement vers le grand saut, un voyage dans l'espace auquel elle rêve depuis toujours. "
J'étais en maternelle quand j'ai vu mon premier avion, se souvient-elle.
J'ai tout de suite été fascinée. Plus tard, dès qu'il fallait faire un exposé libre, je choisissais toujours de parler du soleil. C'est devenu la ligne directrice de ma vie."
Seule en Union SoviétiqueÀ la maison, quelque part entre Chartres et Dreux, rien ne la prédispose à un destin haut perché. Son père est ouvrier et sa mère ne gagne encore aujourd'hui, à 60 ans, que 8 € de l'heure en faisant des ménages. "
Les difficultés financières, je connais, souligne t-elle.
Mes parents me disaient toujours que pour ne pas vivre comme eux, il fallait bien travailler à l'école." Avec en poche cette simple leçon de vie, de réelles facilités et une volonté inébranlable, elle bouscule l'ordre établi.
"
À 14 ans, j'ai été impressionnée par la station Mir, explique-t-elle.
Dès que j'ai eu mon bac, j'ai écrit à l'ambassade de France à Moscou et au consulat de Russie en France pour leur dire mon souhait d'aller poursuivre mes études là-bas. Ils ont été un peu surpris. C'était plutôt les Russes qui venaient chez nous." Et ça marche. Le domaine spatial est interdit aux étrangers, mais elle se retrouve dans l'une des meilleures universités de physique de l'empire. Et, lorsqu'elle débarque à Oujgorod, en Ukraine transcarpatique, au lendemain du putsch de Moscou (1991), le choc n'est finalement pas si violent. "
J'ai découvert les magasins vides, les files d'attente, les tickets de rationnement pour la vodka, alors que je ne bois pas, et pour le sucre, introuvable dans les boutiques, raconte-t-elle.
Même si j'avais été riche, ça n'aurait rien changé. C'était la fête quand j'ouvrais une boîte de cassoulet rapportée de France." Seule Française sur le campus, elle y passe trois belles années de rencontres et d'apprentissage. "
La physique, je l'ai apprise comme un conte de fées, précise-t-elle. O
n nous montrait la beauté des phénomènes. Je trouvais ça magique. " On est encore loin de l'espace. Lorsque l'Institut d'Aviation de Moscou s'ouvre aux non-Russes, elle postule. Et, bien sûr, elle est prise. "
Je l'ai vécu comme l'accomplissement d'un rêve de petite fille, confie-t-elle.
J'étais enfin en contact avec les fusées, les vaisseaux spatiaux. Pas des maquettes, les vrais ! Je pouvais les toucher."
La suite est aussi limpide avec un passage aux Etats-Unis, au centre de recherche de Huntsville, qui travaille avec la Nasa, avant son poste actuel. Mais toujours pas d'escapade dans la stratosphère. Alors, aujourd'hui, la nouvelle étape de ce parcours sans faute, ce sont les sélections pour intégrer le corps des astronautes européens. Le programme pourrait être lancé en 2008, Nathalie est prête depuis longtemps "
échouer n'est pas une option, comme on dit à Houston, sourit-elle.
Mais nous serons des milliers pour quatre places. J'ai la pression comme tout le monde, mais j'ai fait tout ce que je croyais devoir faire." Son envie chevillée au corps lui sert de viatique. "
L'espace, j'ai envie d'y aller parce que, là-haut, on trouve les images les plus motivantes de la planète, annonce-t-elle.
C'est ce qui me donne du courage quand ça ne va pas." Face aux candidats médecins ou scientifiques, sa formation d'ingénieur lui semble aussi un atout de poids. "
Pour moi, un astronaute, c'est quelqu'un qui sait comment réparer le vaisseau", affirme-t-elle. De toute façon, elle n'abandonnera pas. "
Je m'intéresse beaucoup au tourisme spatial, lance Nathalie.
J'ai des idées pour associer des artistes, des designers." Quoi qu'il arrive, elle fera toujours sienne la formule du théoricien russe Constantin Tsiolkovsky, père de l'astronautique moderne :
"La Terre est le berceau de l'humanité. Mais passe-t-on sa vie entière dans un berceau ?"
Itinéraire : Nathalie PottierNée le 19/10/1973, à Chartres
Taille : 1,70 m
Diplômes : Maîtrise de Physique, MS (Master of Science) en ingénierie spatiale, Design et Construction de lanceurs et vaisseaux spatiaux
Dates : 1991 : elle décroche son bac C au lycée Jean-Rotrou, à Dreux.
1997 : elle participe aux 40 ans du Spoutnik à Moscou, en présence du président Jacques Chirac.
1998 : elle écrit sa thèse de master en russe et reçoit les honneurs de l'Institut d'aviation de Moscou.
1999 : au Centre de recherche de Huntsville, en Alabama, elle travaille en étroite collaboration avec la Nasa.
Depuis 2005 : elle a rejoint les rangs d'une agence spatiale européenne, où elle occupe le poste d'ingénieur lanceur
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