Le 23/10/2008 - 10h51
Par
SPORT / Gérald Mathieu
La "Diagonale des fous", le nouveau défi de Laurent Jalabert
SportWeek
Laurent Jalabert s'attaque à " La Diagonale des fous ", un raid extrême de 150 km à travers l'île de la Réunion.
Et si c'était lui, le " cannibale " des temps modernes. Après le cyclisme, le marathon et l'Ironman de triathlon, Laurent Jalabert va ajouter une nouvelle corde à son arc de boulimique de l'effort en s'attaquant, ce vendredi, au Grand Raid de la Réunion. Autrement appelé " La Diagonale des fous ", ce trail qui relie sur près de 150 km Saint-Philippe à Saint-Denis est l'un des plus réputés et difficiles de la planète. Au programme : 8 700 mètres de dénivelé positif à s'engloutir en vingt heures pour les meilleurs et près de trois jours pour les moins aguerris. Sans oublier un slalom super géant et méga sauvage à effectuer entre le piton de la Fournaise, les cirques de Cilaos, de Mafate et les forêts de Kerveguen. "
Je n'ai pas encore vécu cette course mais je l'imagine déjà très forte, confie l'ancien champion cycliste.
Le plus dur, c'est de se dire que tu vas passer par tous les états. Au début, ce sera vraiment du plaisir. Mais ensuite, au bout de huit ou neuf heures, quand la fatigue commencera à arriver, je pense que j'avancerai mécaniquement. ça va faire mal mais je suis dans le même trip que tous ceux qui se lancent ce genre de défi. Je veux explorer mes limites. Voir jusqu'où je peux aller. Au niveau mental, je pense d'ailleurs que je vais me découvrir. Un de mes coéquipiers m'a même dit : "Tu verras, Laurent, tu as réalisé plein de trucs mais une fois que tu auras fait ça, tu ne seras plus le même homme." Je comprends déjà ce qu'il veut dire... " Crédité d'un temps de 9 h 15 à l'Ironman* de Nice, 9 h 19 à celui de Hawaii et 9 h 24 à Zurich, Jaja sait que cette fois-ci il entrera dans une autre dimension. Au bout de neuf heures d'effort, le quadragénaire bondissant (il fêtera ses 40 ans le 30 novembre) n'en sera probablement qu'à son premier quart de trail. Autrement dit, à cet instant précis, le plus dur sera à venir.
Le danger ? s'endormir !Pour encaisser les bornes, le dénivelé, les pièges et l'hostilité du terrain, la fatigue ainsi que les conditions climatiques qui peuvent virer à l'extrême (chaleur humide, pluie diluvienne et froid au sommet), Jalabert s'est imposé un ministage en conditions réelles dans les Pyrénées. Au programme, par exemple, une sortie de douze heures avec 65 km au compteur et 4 000 m de dénivelé. "
ça m'a calmé, confie-t-il.
Quand tu fais ça, tu comprends que tu vas en baver grave. " Mais pour entrer dans cette nouvelle peau de " trailer ", l'ancien numéro 1 mondial a dû réfréner ses ardeurs et réapprendre certains gestes essentiels qui font toute la différence sur ce type d'efforts longue durée. "
Le plus difficile a été de passer à la marche, moi qui suis toujours à la recherche de la performance. D'ordinaire, j'essaye toujours d'aller vite, d'affoler le chronomètre et de réaliser les meilleures moyennes horaires. Là, je me suis rendu compte que si je courais, je m'épuisais plus vite. Je vais donc devoir apprendre à gérer mon capital force et à m'économiser pour aller jusqu'au bout. Je ne dois pas m'enflammer. " Quant au sommeil, il ignore encore tout de ce paramètre qui pourrait pourtant s'avérer décisif. "
Un de mes coéquipiers m'a dit : "Il ne faut pas dormir sinon on n'ira jamais au bout". Après, on verra bien car il faudra rester lucide. Or, c'est quand tu es fatigué que tu te mets en danger... "
Un malade de sport Compétiteur devant l'éternel et épatant retraité du haut niveau qui excelle autant en marathon (son record personnel est de 2 h 45) qu'en triathlon, Jalabert abordera ce Grand Raid dans un tout autre état d'esprit. Cette fois-ci, son seul et unique objectif sera de rallier l'arrivée entier, " dans un état pas trop mauvais ". Pour le reste, il s'en remettra à ses sensations. Avec l'espoir intime que celles-ci le conduiront vers le grand frisson. " Je me moque de la victoire. Avec moi, ce n'est pas toujours plus vite, plus haut, plus fort. Je n'ai rien à prouver. Au fond, je ne sais même pas ce qui me pousse, si ce n'est l'envie de découvrir de nouvelles disciplines, de partager une aventure humaine avec des copains et de me découvrir. Je fais les choses comme je les sens. Juste parce que j'en ai envie et que je recherche le plaisir. Parfois, je me dis que je suis un malade de sport. Certains trouvent ça admirable ou remarquable, mais il y a plein d'autres personnes comme moi, des banquiers ou des docteurs, qui relèvent ce genre de défi et dont on ne parle pas. " En attendant, c'est bien grâce à Jaja, ambassadeur d'épreuves à son corps défendant, que d'intenses coups de projecteurs ont été braqués ces dernières années sur le triathlon et aujourd'hui, sur ce Grand Raid. Car si le Jalabert d'hier était avide de notoriété, celui qu'il incarne depuis deux ans est bel et bien devenu une sorte de héros malgré lui.
*3,8 km de natation, 180 km de vélo, 42,195 km de course à pied.
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