Le 28/09/2006 - 10h46
Par
SPORT / Bruno Clement
L'équipée sauvage
SportWeek
Le raid aventure le plus dur de l'année avait pour cadre l'immense forêt canadienne. Un parcours long de 1 000 km, des rencontres inopinées avec des animaux sauvages et un voyage au bout de soi-même attendaient les coureurs... des bois.
Imaginez un océan qui déclinerait toutes les nuances du vert. Parfois piqué de taches rouges ou jaunes, il s'étend à perte de vue, pourvu que vous le contempliez depuis un promontoire rocheux ou, mieux, d'un hélicoptère. Sa surface est animée par de gigantesques vagues, plis de terrain résultant des différents bangs qui ont modelé l'écorce terrestre. Sous l'effet du vent, la crête de ces lames minérales s'aplatit : des millions d'arbres, conifères, bouleaux, érables ploient sous la brise. Et puis, à intervalles irréguliers, des scintillements éblouissent. Un lac, une rivière, une vertigineuse cascade traverse la mer chlorophylle à la manière d'un courant de surface.
Comme dans n'importe quel océan, la vie animale est intense. Écureuils, lapins, castors, dont les barrages incroyablement ingénieux sont visibles du ciel, mais aussi l'orignal, cervidé mythique du Canada et poids lourd de la forêt (il pèse environ 1 tonne), sans oublier le loup et l'ours noir, qui pullulent. D'une taille voisine de celle d'un homme, il est moins dangereux que le grizzli.
Dans le ciel, aigles et faucons pèlerins planent dans les courants ascensionnels. Et plus à l'Est, au niveau de la mer, ou plutôt du fleuve Saint-Laurent, baleines et bélougas sondent les abysses à la recherche du krill salvateur. Grand comme trois fois la France, le Québec est un " pays nature ", fait de bois et d'eaux. La forêt représente 35 % du territoire et l'on recense plus de 700 000 lacs, un nombre tellement considérable qu'on a manqué d'imagination pour les nommer (lac Rond, lac Carré, Beau lac...). Les rivières sont, elles, innombrables, et constituent depuis toujours l'unique moyen de pénétrer la forêt. De quoi donner des idées aux organisateurs du troisième The Raid World Championship et notamment à son patron visionnaire, Alain Gaimard. C'est précisément dans la région du Saguenay-lac Saint-Jean, le long de la " route des fourrures ", empruntée autrefois par les trappeurs, qu'il a dessiné le parcours du championnat du monde des raids 2006.
Il est à la mesure de l'enjeu, autrement dit à la démesure du continent américain. À commencer par le parcours. Sinuant à l'intérieur d'un rectangle de 400 x 250 km, il est long de... 1 000 km et cumule un dénivelé positif de 15 000 m !
" C'est un championnat du monde, il est légitime que la course soit difficile ", rappelle Sylvain Thuaut, bras droit d'Alain Gaimard et directeur de course. Sur le tracé, quelque 47 points de passage obligatoires ont été disséminés, dont 20 correspondent à des zones d'assistance. À ces endroits stratégiques, les équipes retrouvent leur logistique et mangent, se changent, passe d'un " support " à l'autre (du VTT au canoë, par exemple).
Pauses obligatoires
Avant de s'envoler vers le Québec, l'équipe Wilsa Sport-Helly Hansen avait beaucoup travaillé ces transitions. Karine Baillet, star féminine du raid et pilier de l'équipe explique :
" Nous avons calculé que le temps idéal d'une assistance ne devait durer que 7 ou 8 minutes. C'est peu quand, par exemple, on doit ôter sa tenue de cycliste pour enfiler sa combinaison de canoë, s'hydrater, manger une barre de céréales et mettre le bateau à l'eau. Mais perdre une minute ou deux à chaque fois, c'est cumuler, au final, un déficit de 40 minutes. Et 40 minutes, c'est souvent décisif. " À ces points de passage, les équipes en profitent aussi pour dormir. Car le règlement impose, par souci de la santé des athlètes, un repos obligatoire de 27 heures, par tranches minimales de 4 heures.
Ces périodes de repos sont contrôlées visuellement par les commissaires de course, doublés d'une vérification " électronique ". Chaque équipe est en effet dotée d'une balise qui émet, en permanence, sa position sur le terrain. Il est donc aisé de vérifier si elle se déplace ou si elle est à l'arrêt. Reste que 27 heures de repos pour couvrir 1 000 km, c'est peu, et la gestion de ce capital prendra des allures de données stratégiques.
Partis depuis les bords du lac Chigoubiche, le 9 septembre à 5 h du matin et par une température de 6°C, les 26 équipes, représentant 12 nations, s'enfonçaient dans la forêt. D'abord 38 km de VTT, suivis de 78 km de canoë ponctués de trois rapides et d'un portage des bateaux sur 1,5 km pour déjouer une cascade monumentale, avant d'enchaîner 40 km de VTT, puis 36 km de kayak de mer sur le lac Saint-Jean. Le ton était donné et, dès la première nuit, la gestion du sommeil s'avérait cruciale.
Certains fonçaient sans s'arrêter. Ainsi, Sport 2000 Lafuma poursuivait avec un trail nocturne (et glacial) de 30 km, une liaison VTT de 64 km débutée à l'aube du deuxième jour, ponctuée par un trail long de 46 km dans l'après-midi ! D'autres, comme Nike ou Wilsa, avaient préféré s'arrêter après le kayak de mer.
Coup de vertige sur la falaise
À ce rythme, trois équipes françaises, Wilsa, Les Arcs Quechua, Sport 2000, deux équipes américaines (Nike et Spyder) et les Néo-Zélandais de Golite-Timberland prenaient la tête de la course. Alors que Bill, l'équipier canadien des Arcs, voyait à la lueur de sa lampe frontale un ours s'enfuir devant lui, Wilsa perdait peut-être la course. En tête avec une avance d'une heure et demi, elle commettait une faute d'orientation et se perdait sur un mauvais sentier. Constatant son erreur, elle faisait demi-tour. Elle croisait alors ses poursuivantes qui, ainsi alertées, s'arrêtaient, vérifiaient leurs cartes et rebroussaient chemin. Peut-être que si l'équipe de Karine Baillet avait entendu arriver les autres équipes, elle aurait eu la présence d'esprit de se jeter dans les fourrés et aurait laissé ses rivales s'enfoncer dans... l'erreur.
Reste que cet incident, cumulé avec une pénalité d'une heure pour avoir pris, en VTT, un pont interdit par le road book, lui coûtera sans doute la victoire finale. L'équipe de Wilsa aura beau se cacher lors de cette heure passée en " prison ", pour ne pas fouetter le moral des Américains, ses plus dangereux adversaires, la fille de Nike, justement, aura beau être victime d' un coup de vertige au moment de s'engager dans l'extraordinaire rappel de 300 m sur la falaise du fjord, rien n'y fera. Les Américains, qui comptaient deux champions de VTT dans leurs rangs, franchiront en vainqueurs la ligne d'arrivée, suivis par les Français de Wilsa et les Néo-Zélandais. Les représentants de trois continents montaient sur le podium, un épilogue symbolique pour un championnat en tous points exceptionnel.
Infos pratiques
Pour en savoir plus sur cette édition de The Raid World
Championship, vous pouvez consulter le site internet officiel : www.theraid.org Vous y retrouverez les détails de la course
dont son déroulement au jour le jour, toutes les photos et les vidéos, ainsi
que le règlement, le détail sur les équipes engagées, etc.
Pour ceux qui souhaitent se documenter sur le Québec et cette exceptionnelle
région du Saguenay-Lac Saint-Jean, plusieurs sites internet : www.bonjourquebec.com/fr-fr/saguenaylacstjean
Autre site qui vous renseignera sur le pays surnommé " Grande nature
" par les Québéquois, l'adresse des parcs nationaux www.parcsquebec.com où vous pourrez
notamment découvrir l'extraordinaire parc des Hautes gorges de la rivière
Malbaie, traversé par le Raid.
The Raid World Championship 2006 : Classement général final
1. Nike Powerblast (É.-U.) en 127 h 51'38'' (M. Kloser, M. Tobin, R. Usher, S. Anderson)
2. Wilsa Sport Helly Hansen (FRA) en 130 h 26'46'' (K. Baillet, S. Sxay, R. Lebeau, F. Faloci)
3. Golite Timberland (N-Z) en 132 h 21'44'' (A. Prince, M. Hagener, I. Wilson, T. Tretner)
4. Adidas Natventure (ALL) en 132 h 21'44''
5. Spyder (É.-U.) en 133 h 29'03''
6. Les Arcs Quechua (FRA) en 133 h 32'04''
7. Sport 2000 Lafuma (FRA) en 137 h 46'47''
8. Salomon Crested Butte (É.-U.) en 141 h 44'01''
9. Compagnie des Alpes Raidlink's (FRA) en 142 h 36'17''
10. Paramedic Saguenay (CAN) en 146 h 30'20''
(...)
13. Raid Nature 46 Sofermi (FRA) en 149 h 47'36''
14. La Clusaz - TSL - Raid (FRA) en 158 h 26'21''
16. Planete-Tonique.com (FRA) en 161 h 02'09''
18. Planet XA (FRA) abandon
20. Aigle Sybelles ESF (FRA) abandon
22. Ertips (FRA) abandon
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