Le 19/01/2009 - 11h59
Par
SPORTWEEK / Sarah et Mika
Professional Graders
SportWeek
Cela va bientôt faire 3 semaines que nous ne vous avons pas donné de nouvelles, et comme vous vous en doutez, c'est plus parce que nous n'avions pas d'accès Internet que par manque d'anecdotes à raconter.
Nous reprenons donc le fil de notre histoire là où nous l'avions laissé. Nous passons le 31 décembre à nous promener dans Hobart et assistons à l'arrivée du dernier bateau de la célèbre " Sydney to Hobart Race ". Cette course au large relativement rapide (de 2 à 3 jours) est l'une des plus anciennes au monde. Elle est également devenue célèbre car la mer de Tasmanie, souvent déchainée, et le passage du détroit de Bass la rendent très dangereuse. En flânant sur le port, nous repérons "41° Sud", un équipage venu de Nouvelle-Calédonie et nous entamons la conversation. Ils sont 11 à bord, dont une fille (on évite les commentaires scabreux svp). Il s'agit d'une des rares équipes amateurs de la flotte, et pour une première participation ils arrivent 7ème de leur catégorie. C'est une bonne performance puisque l'autre équipage français (composé de professionnels) est arrivé 5°. Ils sont cependant assez déçus car ils ont longtemps fait la course en tête avant de se retrouver stoppés net dans une zone de " pétole " (sans vent). C'est d'autant plus rageant que ce phénomène doit se produire tous les 50 ans dans la mer de Tasmanie. Mais ces joyeux marins ont vite retrouvé le sourire, aidés en cela par la gentillesse des Australiens et par la " Cascade ", bière locale brassée à quelques pas du port.
Il était ensuite temps pour nous de retrouver nos compagnons de picking (Kevin, Gweno et Steph) qui sans avoir eu besoin de se révolter se retrouvent également au chômage par manque de cerises à cueillir. Pour le réveillon, pas de grand repas mais une balade à Salamanca Square (le centre névralgique d'Hobart). Pas de champagne mais du "Sparkling Tasmanian Wine". Et pour le reste, c'est du classique: compte à rebours, feux d'artifice et nous nous souhaitons une bonne année 2009 avec 10h d'avance sur Paris.
Le lendemain, nous faisons un rapide tour au " Taste of Tasmania ". Une sorte de foire qui présente les produits gastronomiques de Tasmanie. Puis nous décidons d'aller au Mont Wellington qui offre une vue magnifique sur toute la région d'Hobart. Nous embarquons Kevin et les artistes japonais dans notre "Cagibi". Sur la route, l'été australien nous fait une surprise, il neige. Mais il ne s'agit pas de quelques flocons fondus. De grosses bourrasques nous empêchent de voir à 3 mètres et donc forcément, pour le panorama c'est un peu raté. Heureusement, il y a un abri au sommet, et une grande baie vitrée qui permet de profiter du paysage pendant les rares minutes où les nuages s'écartent.
Là, nous retrouvons Michael. C'est un étudiant que nous avions rencontré pendant le réveillon et qui nous avait proposé d'aller passer l'après midi dans une cabane cachée dans les bois du Mont Wellington. Après 10 minutes de marche sous la neige et dans le vent glacial, nous atteignons le refuge (qui n'a jamais aussi bien porté son nom). Nous faisons du feu dans la cheminée. Les japonais ont apporté guitares et djembé, Mika les accompagne à l'harmonica. On tape des mains et ça réchauffe. Le trajet retour se fait sous les rayons du soleil revenu, mais ce n'est que de courte durée puisque le lendemain l'équipage du "41° Sud" a fait une bataille de boules de neige au sommet.
Faire la fête c'est bien joli, mais ça ne nourrit pas son homme. Heureusement, les agences d'intérim australiennes travaillent le 1er janvier et appellent Gweno et Steph pour leur proposer un boulot dans une ferme d'abricots à 1h à Campania. Après avoir testé le travail et fait connaissance avec des gens du coin, ils nous proposent de les rejoindre.
Avant de rentrer dans les détails de notre nouveau boulot, nous vous présentons rapidement Stéphanie et Gwénolé. Ces fiers bretons de 25 ans avaient brillamment terminé leurs études et entamaient une carrière dans la communication, mais la crise en a décidé autrement. Ils sont donc partis à l'aventure au bout du monde. En arrivant, ils avaient juste assez d'argent pour s'acheter Marteen (leur van). Ils ont ensuite travaillé dur pendant 3 mois et on pu profiter pleinement de leur année. Ils ont emmené Marteen à la plage, Marteen à la ferme, Marteen en bateau... Ils ont mangé au resto, ils ont fait de la montgolfière, et avec l'argent gagné à l'usine d'abricots, ils comptent même faire un petit séjour en Asie. Une fois qu'ils auront revendu leur van, ils pourront rentrer en France avec plus d'argent qu'ils en avaient en partant. Ils sont la preuve qu'il n'y a pas besoin d'être riche pour voyager en se faisant plaisir (il faut quand même bosser un peu). Nous espérons pouvoir faire aussi bien qu'eux.
Revenons donc à notre nouvelle carrière dans " L'Apricot Grading ". C'est du travail à la chaîne. En gros, tous les abricots cueillis sont mis sur des tapis. Les abricots passent par plusieurs postes de contrôle pour être classés par catégories et ressortir en beaux cartons si ce sont des catégories 1, gros cartons si ce sont des catégories 2 ou à la poubelle pour les catégories 3. Nous avons d'ailleurs été très choqués par la quantité d'abricots qui sont jetés, car le critère de sélection n'est pas le fait qu'ils soient impropres à la consommation, mais impropres à la vente. Il revient plus cher aux producteurs de les conditionner aux normes permettant de les donner à des associations que de les jeter. C'est donc près de 50% de la récolte qui est perdue. Il y en a bien une infime partie qui sert aux petits producteurs de confiture de la région, mais 7 à 15 tonnes d'abricots partent à la poubelle chaque jour.
Nous, nous étions le premier maillon de cette grande chaîne. Nous étions " sorters ". Il s'agit de faciliter le travail des " packers " (qui font les boîtes) en redirigeant les abricots arrivant en vrac sur nos tables vers les tapis 1, 2 ou 3 en fonction de leur catégorie. Le tout se faisant à l'?il et à la main. C'est un poste très demandé car l'ambiance est plus cool que sur les autres postes. Cependant comme nous devions trier près d'1 million d'abricots par jour, il était réservé à l'élite du grading et nous en faisions partie. Nous supposons, en effet, que nous faisions du bon boulot, car on ne nous a jamais changé de poste (contrairement à d'autres), que nous étions plutôt bien vu par les managers et propriétaires de la ferme (ce qui nous donnaient certains privilèges tels que le choix de nos horaires ou bien le droit à la douche) et que l'agence s'est mise à ne rechercher que des français pour compléter l'équipe. Nous sommes donc passés de 4 à 26 français créant ainsi la " french connection ". Nous ne savons pas vraiment d'où est venue leur " envie de français ". Peut être est-ce parce que lorsque nous avons appris que la machine sur laquelle nous travaillions avait été construite à Toulouse, nous avons fait courir le bruit avec Gweno que les français adorait le grading, qu'il y avait une fédération avec des compétitions de grading en France...
Nous avons donc bossés 12 heures par jour, sans WE, dans une ambiance très sympa. Et même si le boulot était un peu rébarbatif, à force de travailler plus, nous avons gagné plus. Près de 3 000 dollars par personne en 2 semaines. En réalité, si on enlève les impôts et quelques ½ journées de vacances nous avons pu rembourser l'achat de la voiture et mettre un peu de sous de côté.
Une fois encore, nous allons évoquer l'incroyable gentillesse des Australiens. Lors de leur premier jour de travail, Gweno et Steph ont parlé avec Jo. Apprenant qu'ils dormaient dans leur van sur un parking, elle (Jo c'est le diminutif de Joanne) leur a spontanément proposé de venir " vivre " chez sa mère, et nous étions également les bienvenus. Après nos journées de travail nous rentrions donc chez Betty. Cette mamie excentrique et énergique nous prêtait son champ pour garer nos véhicules. Nous dormions en compagnie de moutons et d'une vache. Nous avons même eu droit, certains soirs, à quelques " Cascades " et à un gargantuesque barbecue. Cela peut paraître anodin mais lorsque vous ne mangez que des salades ou des nouilles chinoises et que vous passez vos journées à voir défiler des abricots, vous avez largement le temps de penser à des tartiflettes, des côtes de boeuf ou des plateaux de fromages. Alors, un petit barbecue de temps en temps, ça remonte le moral.
Pour se remonter le moral, les tasmaniens eux, sortent à Hobart le vendredi soir. Nous avons fait comme eux et sommes tombés en plein MONA FOMA. Cela veut dire " Museum of Old and New Art - Festival Of Music and Art ". Et oui, il se passe plein de choses à Hobart pendant l'été. En allant dans le meilleur pub de la ville (le Republik) nous avons vu le groupe " Duoud " en concert. C'est un duo franco-tuniso-algérien qui fait une très très bonne musique électro-acoustique d'influence orientale. Dit comme ça c'est un peu lourd, mais à écouter c'est vraiment génial. Le lendemain, nous avons pris notre demi- journée pour aller au très réputé " Salamanca Market ". Tous les samedis matins, ce marché prend place sur Salamanca Square. On y trouve des produits régionaux, de l'artisanat et des musiciens qui jouent aux coins des rues. C'est sympa, mais la foule beaucoup trop compacte empêche de vraiment profiter des étalages.
Nous avons ensuite repris notre train-train quotidien pour une dernière semaine de tri d'abricots et l'avons finie en beauté.
Afin de remercier Betty et sa famille de leur accueil et pour fêter l'anniversaire de Mika (qui a eu un beau T shirt avec le drapeau australien et un très utile dictionnaire d'argot) nous avons fait... un gros barbecue. Nous avons dansé avec Jo, ainsi que sa fille Jess et son gendre Dan qui travaillaient également à la ferme d'abricots. Nous avons bu du bon vin australien Et Betty avait invité sa soeur que nous voyions pour la première fois mais qui nous a mis en contact avec des amis qui pourraient nous héberger à Melbourne " parce qu'ils adorent les français ". L'ambiance dans cette famille et au boulot était si bonne que nous aurions aimé rester, mais ayant déjà réservé notre billet retour pour le " main land " nous n'avions plus qu'une semaine pour visiter la Tasmanie.
Avant de partir, nous avons passé notre dernière soirée chez Rodolphe et Laurence (ou plutôt dans leur van). Cet adorable couple de français rencontré sur les tables de grading est en Australie depuis 3 mois. Ils ont fait du " woofing " (travail contre hébergement) dans des fermes bio et ont également passé quelques semaines dans un orphelinat pour kangourous. En effet, de nombreux kangourous se font écraser par les voitures. Il faut alors sortir le bébé de la poche pour le porter dans un orphelinat. Cette expérience les a fait devenir végétariens et comme on passe nos journées à parler de bouffe, ils nous ont invité pour nous montrer qu'ils mangeaient autre chose que du tofu et des pousses de soja. Et vu la taille de la cuisine dans un van, on peut dire qu'ils s'en sortent bien. Ils avaient préparé un couscous végétarien et des beignets de patates douces. Rodolphe a même fait du pain. C'était original et délicieux. Comme ils ne mangent pas de produits contenant du lait, ils fabriquent leur propre Nutella et Laurence avait fait de la confiture avec les abricots du verger. Ils sont la preuve qu'il n'y a pas besoin d'une grande cuisine ou de beaucoup d'ustensiles pour bien cuisiner.
Au matin, après quelques dernières heures de travail (avant que la machine ne tombe en panne), nous sommes partis pour une semaine de visite de la Tasmanie. On vous racontera ça la prochaine fois, mais pour vous donner envie, sachez qu'hier nous avons vu des pingouins pygmées.
Sarah et Mika
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