Le 02/01/2009 - 14h57
Par
MYFREESTYLE / Sarah et Mika
Le temps des cerises
SportWeek
Depuis que nous sommes arrivés en Tasmanie, nous avons l'impression d'être vraiment entrés dans le coeur de notre voyage. Il faut dire que depuis notre départ c'est la première fois que nous larguons réellement les amarres et nous retrouvons tous seuls.
Cela nous motive donc pour aller vers les gens et faire des rencontres. Comme nous vous l'avions dit, nous sommes descendus dans le sud de la Tasmanie vers la Huon Valley afin de trouver du travail. Cet endroit est connu des backpackers du monde entier pour être un eldorado. On y cueille des cerises ou des pommes et on se fait rapidement beaucoup d'argent. Nous arrivons à Cygnet et passons donc la nuit sur une "camping area", c'est à dire une zone avec toilettes (et parfois douches et barbecue) où l'on peut passer la nuit gratuitement. A ne pas confondre avec un "caravan park" qui lui est un camping payant.
Là, nous rencontrons Kevin qui fait du camping (vraiment) sauvage dans une forêt surplombant le village. 20 ans, franco-hollandais vivant en Norvège et certainement inspiré par le film "Into The Wild" Kevin a tout lâché en Europe pour partir à l'aventure. Il aime se retrouver seul pour penser, mais il est curieux de tout et vit son voyage comme une sorte de parcours initiatique. Il prend donc du temps pour parler avec les gens, découvrir leurs histoires et profiter de leurs expériences. Assez naïf, il est vite enthousiasmé par tout ce qu'il découvre et s'empresse de l'appliquer. Il a ainsi passé 3 mois à Byron Bay (au sud de Brisbane) dans un camping ou vivent 200 à 300 personnes. "
On vit en communauté, on fait des soupes de légumes, on fait de la peinture, de la musique, on mange des Magic Mushrooms, c'est cool !". Il est alors devenu végétarien par rejet du système industriel de production des viandes. Il lit des bouquins sur la philosophie New Age et s'essaye à la méditation et c'est cool. Il mange avec des baguettes de la main gauche pour devenir ambidextre. Il essaye de "
trouver sa balance pour être en équilibre avec la Mère Nature". Il récupère dans les poubelles les fruits pas encore pourris mais déjà jetés par les supermarchés et c'est cool. En gros, Kevin est heureux, il ne sait pas ce qu'il fera demain, il prend la vie comme elle vient. Il est cool.
Le lendemain matin nous avons donc emmené Kevin dans notre KGB et sommes partis à la recherche d'un boulot. Le petit souci c'est que l'été est en retard, que les fruits ne sont pas mûrs, et que des dizaines de backpackers sont comme nous. Heureusement, l'ANPE australienne est super bien organisée et grâce à une hotline pour "pickers" (cueilleurs de fruits) nous trouvons la seule ferme de la région qui commence la cueillette avant janvier, elle se trouve à Dover. Nous y allons le 24 Décembre pour signer notre contrat, et nous rendre compte que (comme pour la voiture) les démarches administratives sont plus longues que prévues. Le simple visa de travail ne suffit pas. Il faut un compte en banque australien (car contrairement à ce que tout le monde dit, ils ne payent jamais en cash), un numéro personnel d'identification pour les impôts (à demander au service adéquat qui est fermé pendant les fêtes) et un numéro de téléphone.
Une fois que nous sommes sortis de la paperasserie nous décidons d'aller tous les trois à Hobart (100 km plus au nord) pour faire de grosses courses et accessoirement passer Noël. C'est donc à ce moment là que nous vous avons écrit la dernière fois. En sortant de la bibliothèque (qui offre l'internet gratuit) nous tombons sur You et Taka, deux japonais que Kevin avait rencontré à Byron Bay. En cette veille de Noël, il chantent des chansons japonaises dans la rue en s'accompagnant à la guitare, à l'harmonica et au Djembé. Et ils se font pas mal d'argent. Ils nous disent alors qu'ils sont tristes de devoir passer Noël tous seuls dans la magnifique (et immense) maison que leur a prêté une amie. Nous sommes invités à passer la nuit chez eux et la veillée de Noël s'annonce plus sympa que ce que nous l'avions espéré. La maison est également au delà de nos espérances. Cachée dans les bois sur une colline surplombant Hobart, elle offre une vue superbe sur la baie. Elle est toute en bois et ses hamacs, grands canapés (douche et machine à laver) la rendent très accueillante.
Comme le veut la tradition (de Byron Bay), nous faisons une soupe de légumes et jouons de la musique. Nous discutons avec d'autres japonais qui nous ont rejoint, nous écoutons Bob Marley en guise de chants de Noël, et nous nous couchons (dans un vrai lit) vraiment ravis de ce Noël inattendu. Réveillés par le chant des oiseaux (qui ressemblent plus à des cris de singes), nous profitons de la matinée, du soleil, de la terrasse en bois et du jardin pour faire des étirements et regarder You et Taka donner libre cours à leur talent créatif. Car figurez-vous que ces japonais-là sont des artistes. En plus de jouer de la musique, ils peignent de grands tableaux colorés dans lesquels la soupe entre en osmose avec les forces cosmiques dans une grande farandole. Ou bien ils impriment l'empreinte de leurs mains avec de la boue du jardin. Nous n'avions malheureusement pas consommé de substances illicites et hallucinogènes, et n'avons donc pas pu apprécier ces chefs d'oeuvres à leur juste valeur.
La journée avançant et la faim se faisant sentir, nous sommes allés à un "Christmas Lunch" offert par l'église. Quasiment toutes les églises en Australie organisent un déjeuner gratuit le 25 Décembre. Il ne s'agit pas de la soupe populaire mais d'un repas où sont conviés toutes les familles de la paroisse et les gens de passage. Bizarrement, "l'église" dans laquelle nous sommes allés était en fait un Temple de Franc-Maçons. Un peu inquiets de ce que nous allions y trouver et de comment nous allions être accueillis, nous avons été plus qu'agréablement surpris. Dans une salle pleine à craquer, les gens nous ont reçus les bras ouverts. Ils se précipitaient pour vérifier si nous passions un agréable moment, pour nous (re)servir à manger, à boire... Mika s'est ainsi retrouvé avec une montagne de viande dans son assiette (porc, veau, boeuf, poulet, dinde), et une grosse patate en guise de légume. Nous avions raté la tombola et la distribution de cadeaux alors certaines personnes voulaient nous offrir les leurs. Nous sommes justes repartis avec des crayons de couleurs (pour les artistes japonais), et des Tupperwares remplis de nourriture. Le ventre plein et le sourire aux lèvres nous sommes retournés passer le reste de la journée dans la belle maison. Nous avons cueillis des prunes sur le bord de la route et sommes partis pour Dover, car nous commencions à travailler le lendemain matin (à 7heures).
Afin de dormir sans dépenser d'argent, nous avons trouvé un petit coin tranquille en bord de mer où garer notre voiture et où planter la tente de Kevin. Nous sommes assez fiers car nous n'avons pour le moment payé que 2 nuits en camping quand nous y étions vraiment obligés. Nous avons toujours pu trouver des endroits sympas pour nous garer, et profitons des douches de plage (ou des invitations) pour nous laver. Le lendemain nous avons commencé le "cherry picking" et malgré le réveil très matinal nous étions vraiment motivés. Nous ne savons pas comment se fait la cueillette des cerises en France, mais en Australie, les cerisiers ne sont pas ces grands arbres que l'on voit dans nos jardins. Se sont des bouquets d'une dizaine de branches verticales d'à peu près 3 mètres de haut. Dans la plupart des fermes on a une échelle, mais notre ferme n'étant pas vraiment bien organisée (on y reviendra plus tard) nous n'en avons pas. Nous, on plie la branche en la coinçant sous le bras, on arrache les cerises par grappes (avec les deux mains) et on les laisse tomber dans un carton que l'on porte sur le ventre grâce à un harnais. On vous parle là de la dernière technique que nous avons appliqué car nous en avons essayé plusieurs, que nous avons partagé nos tests avec d'autres pickers débutants mais nous n'avons pas encore forcément trouvé la bonne. Il faut faire attention à la couleur des cerises que l'on cueille et également à leur aspect (pas abimée, pas picorée,...). Et surtout il faut aller vite. En effet, on travaille de 7h à 15h30 mais on n'est pas payé à l'heure, mais au carton. Chaque carton contient à peu près 8 kilos de cerises et est payé 10$ (5 €). Le premier jour, Sarah s'étant appliquée à ne cueillir que des cerises parfaites elle à fait 4,5 cartons. Mika ,qui avait un peu triché sur la qualité, en a fait 7. Nous n'avions pas fait de pause pendant les 8 heures de travail (pour ne pas perdre de temps), ce qui fait donc un salaire de 5$ (2,5€) de l'heure pour Sarah et 9$ pour Mika. On est bien loin des sommes dont nous avions entendu parler pour le "cherry picking" en Tasmanie (+/- 300$ par jour). Nous mettons ça sur le compte de l'inexpérience et de l'honnêteté car d'autres débutants ont réussi à faire 12 cartons en étant moins rigoureux sur le tri des cerises. Toujours motivés pour faire mieux le lendemain, on nous annonce que nous avons été beaucoup plus vite que prévu, et que nous ne travaillerons donc pas pendant 2 jours. Nous décidons alors de partir à l'extrême sud de la Tasmanie, tandis que Kevin préfère rester seul dans sa tente perdue dans la forêt.
La route qui mène de Dover à Cockle Creek n'est pas longue, mais elle n'est pas goudronnée. Nous mettons du temps à progresser dans la forêt sans vraiment savoir ce que nous pourrions trouver au bout du chemin. Et comme souvent en Tasmanie, c'est une bonne surprise. Une jolie baie, des petites plages et de nombreuses "camping areas" (voir plus haut) sur lesquelles les familles australiennes (les moins fortunées) s'installent pendant plusieurs semaines pour les grandes vacances. Et quand on dit qu'ils s'installent, c'est peu dire. Ils plantent de gigantesques tentes (une pour la chambre, une autre pour la salle à manger, pour la cuisine, etc.) ils ont des générateurs, des micro-ondes, des canapés, certains ont transformé des autobus en camping car, ils trainent derrière eux d'immenses remorques, apportent des stères de bois pour le feu... et comme le placement est assez anarchique cela donne un ensemble hétéroclite un peu bohème. Comme dans les campings français pendant l'été, on copine avec le voisin, on s'invite pour l'apéro. C'est très convivial. Malgré tout ça, les "camping areas" étant assez petites et bien situées, on a toujours l'impression de camper dans la nature. Nous nous trouvons donc un coin sympa et faisons un feu pour la soirée.
Steven, notre voisin (qui fait figure d'extra terrestre avec sa petite tente et son réchaud à gaz) abandonne femme et enfants pendant quelques jours et vient tous les ans se ressourcer dans la région. Il nous offre de délicieux chocolats de Noël, et nous propose de nous emmener le lendemain pour une balade en bateau. Car on ne vous l'a pas dit mais en plus de déménager la moitié de leur maison, ils emmènent aussi un petit bateau qui leur permet de faire des sorties dans la baie et de pêcher. Nous avons donc fait un petit tour dans Recherche Bay, avons été jusqu'à Whale's Head, la pointe sud de la Tasmanie (plus au sud c'est l'Antarctique). Nous avons pu admirer les paysages du Southwest National Parc, et alors que nous profitions de la brise et du soleil, nous avons vu une otarie sortir sa tête de l'eau pour avaler une énorme anguille. Un peu plus tard, nous voyons une ombre noire à la surface de l'eau, un peu comme un aileron de requin. En nous approchant, nous nous rendons compte qu'il s'agit d'une autre otarie qui fait la sieste en pleine mer. Nous rentrons ensuite au camping et, épuisés par l'air marin et la journée de " cherry picking " de la veille, nous imitons l'otarie, à l'arrière de notre KGB. Dans l'après midi, après avoir fait une longue marche à la recherche d'eau potable, nous faisons du stop pour le retour. Un 4x4 s'arrête, musique à fond, 4 filles presque obèses sortent par le toit ouvrant. Elles sont complètement bourrées (sauf la conductrice) et nous ramènent bruyamment jusqu'à notre campement. Là, nous avons la désagréable surprise de voir qu'une famille d'abrutis s'est installée sur notre emplacement, ne nous laissant que la zone autour de la voiture. Cela nous gâche un peu la journée que nous finissons en donnant une leçon de français à une petite fille du camping. Nous passons ensuite la soirée à discuter avec Steven autour de son feu. Au matin, il a levé le camp, certainement exaspéré par les crétins d'à côté qui nous gâchent également notre réveil. Le temps capricieux de la Tasmanie se charge lui d'enfoncer le clou pour faire de cette journée un désastre. Nous rentrons donc sur Dover où nous retrouvons Kevin et rencontrons Stéphanie et Gwéno, deux bretons qui passent un an en Australie, qui visitent le pays dans un van appelé Marteen, et qui vont travailler dans la même ferme que nous.
Après ce week-end globalement sympa, nous avons hâte de reprendre le travail afin d'améliorer les scores du premier jour. Nous essayons de nouvelles techniques de cueillette et décidons de faire comme les autres, de remplir des caisses sans trop se soucier de l'état des cerises. En fin de journée, nous arrivons à 8 cartons pour Sarah et 10 pour Mika. Nous sommes assez confiants pour la suite car nous sommes certains de pouvoir encore améliorer notre technique et savons que les cerisiers qui nous avaient été confiés ne portaient pas beaucoup de fruits. De plus, la personne qui est supposée nous manager n'est pas vraiment efficace. Elle se perd dans le verger, ne nous apporte pas de cartons vides que nous devons aller chercher en courant, elle passe son temps à manger plutôt que de nous montrer comment cueillir, et on est toujours obligé de la chercher pour savoir sur quels cerisiers cueillir. En gros, elle nous fait perdre énormément de temps, et dans la cueillette, le temps c'est de l'argent. Le lendemain, nous avons changé de manager et commençons la journée sur un bon rythme avec 1 carton par ½ heure. Mais malheureusement notre boulet est de retour. On suppose qu'elle s'était réveillée trop tard. Elle vient contrôler nos cartons et en vide la moitié en nous demandant de ne cueillir que des cerises parfaites. Mais comme on vous l'a dit, l'exploitation est mal gérée. Le verger vient d'être racheté et l'ancien propriétaire ne s'en était pas bien occupé. Le nouveau propriétaire est un peu perdu et n'a pas vraiment l'argent pour donner les meilleures conditions aux "pickers" (échelles, managers compétents, cartons en quantité,...). De plus il n'y a pas de filets pour protéger les fruits des oiseaux, et si on ajoute à cela le temps calamiteux qu'il a fait cette année, il est quasiment impossible de gagner sa vie en ne prenant que des cerises parfaites. On pense également que cette responsable avait ses têtes (et que nous n'en faisions pas partie), car les rangées de cerisiers étant de qualité très inégales, un roulement aurait du être établi entre les cueilleurs pour ne défavoriser personne. Nous avons donc décidé de partir car nous ne n'avions pas envie de passer nos journées à travailler pour ne rien gagner. Depuis hier, nous cherchons donc un autre boulot, que nous ne trouverons peut être pas en Tasmanie. Ce n'est pas grave, nous en profiterons pour visiter. En attendant nous allons passer le réveillon à Hobart et allons voir les derniers bateaux de la course "Sydney to Hobart" arriver. Bonne année à tous.
PS: Comme vous l'aurez compris dans ce message, c'est Tataline qui a remporté le concours pour le nom de notre voiture. KGB (et de plus en plus Cagibi) va bientôt avoir de magnifiques rideaux verts (nous avons enfin acheté le tissu). Elle a eu une petite vidange et un contrôle général. Tout s'est bien passé. Pour recevoir la carte postale, est-ce que Tataline peut nous envoyer son adresse par mail ? Nous ne souvenons plus du code postal.
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