Le 01/03/2007 - 14h41
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Jennifer Useldinger surfait déjà dans le ventre de sa mère. Aujourd'hui, la Californienne s'attaque aux plus grosses vagues de la planète. Sans jamais perdre son sex-appeal. Un cocktail détonnant qui lui permet de faire la nique au mâle dominant. Elle adore.
"Il n'y pas de limite, pas la moindre limite." Cette profession de
foi, Jennifer Useldinger l'a faite sienne depuis longtemps. Depuis
exactement deux ans ou plutôt 22 ans et 9 mois puisque cette Américaine
revendique son séjour intra-utérin comme étant, plus que tout autre,
constitutif de ce qu'elle est aujourd'hui. Il faut dire que sa mère,
Anne Bayly, une ancienne professionnelle de surf, a dû être sortie de
l'eau de force et éjectée de sa planche à peine une semaine avant
l'accouchement. Entre le liquide amniotique et les vagues du Pacifique,
la petite Jenny pouvait donc difficilement échapper à un destin marin.
Depuis, tout se passe comme si elle n'avait de cesse de revivre les
émotions originelles. Elle s'est en effet spécialisée dans le surf de
gros, sous-entendu de murs d'eau gigantesques. Un territoire fréquenté,
il y a peu, seulement par les seuls garçons. Mais les temps changent et
Jennifer y contribue avec ses camarades du Team Jam, dont Kim Hamrock
et, surtout Jamila Haje, double lauréate du trophée de la plus grosse
vague de l'année aux Billabong XXL Awards, après la création, signe des
temps, d'une catégorie féminine, en 2005. "C'est comme un appel
irrésistible, confie Jenny. Ressentir cette adrénaline, c'est tellement
excitant. Une fois qu'on a experimenté ça, on ne peut plus s'en passer
et on cherche à aller toujours plus loin. En surf, il faut d'abord se
prouver à soi-même qu'on est capable de se dépasser. Parler ne sert à
rien. Moi, je cherche juste à prendre la vague de plus en plus fort et
à voir jusqu'où je peux aller." Pour étancher sa soif de sensations,
elle s'est installée à Hawaii. Et, lorsqu'elle chasse la vague, ça
n'est pas pour barboter.
Des sensations XXL
"L'hiver dernier, j'ai défié trois gros spots, V-Land, un jour,
Sunset, le lendemain, lui-même enchaîné avec Boneyards. Jungle, un
local, m'a laissé essayer sa planche. À la fin de la journée, tout le
monde était d'accord pour constater que je pouvais très bien me faire
lessiver par les rouleaux tout en sortant de l'eau avec un grand
sourire au visage." Mais, c'est quand elle est rentrée trois jours au
pays qu'elle a frappé les esprits bien plus fort. "J'ai toujours voulu
surfer Mavericks (la vague la plus dangereuse de Californie), raconte-t-elle. Tout le monde me
disait que j'étais folle. Quand j'y suis allée, personne ne savait que
j'étais là. Je suis apparue dans l'eau, au milieu des garçons de Santa
Cruz qui étaient stupéfaits de me voir là."
Une session qui lui a valu
une nomination aux XXL. Et une vague qui l'a clouée pendant sept mois
sur la terre ferme après avoir été violemment happée par la lèvre de la
déferlante. "J'ai senti mon genou exploser littéralement, se souvient
Jenny. Il a été réduit en pièces détachées. J'ai pensé : Oublie ton
genou, essaye juste de survivre. Pour la première fois, j'ai dû
demander de l'aide." C'est d'ailleurs pour parer à ce genre de
situations extrêmes que la jeune femme s'astreint désormais à un
programme de galérien : course sous l'eau en portant une grosse pierre,
natation longue distance, rame avec les bras sur des planches de
surf très lourdes, sans oublier yoga et chant pour la respiration, au cas
où elle serait coincée sous l'eau. Tout est envisagé... Malgré cet
entraînement de titan, Jennifer tient à rester sexy jusqu'au bout des
orteils. "C'est encore plus drôle d'être féminine dans un milieuaussi
machiste que celui-ci", conclut-elle dans un grand éclat de rire.
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