Le 26/10/2006 - 21h54
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Simone Müterthies aurait pu terminer dans un fauteuil roulant. Sauvée, elle déploie désormais autant d'énergie dans ses affaires que dans de futures parties de tennis, son sport préféré.
1991, Marienfeld, petit village allemand blotti entre Hanovre et Düsseldorf. Simone Müterthies a 15 ans. Elle coule une enfance paisible, couvée par un père prothésiste dentaire du gotha, une mère élue socialiste (première femme maire depuis 1180), mais aussi un grand frère rédacteur publicitaire, supporter de l'Arminia Bielefeld (Bundesliga), qu'elle fait tourner en bourrique, y gagnant son surnom de " Sissi la Peste ".
Elle joue au tennis, ne lâche rien, comme toujours, hyperactive, animée par une volonté sans faille de se dépasser. Soudain, sur un revers à deux mains, elle se fige, dos bloqué : hernie discale, qui se complique ensuite par de l'arthrose. La même année, elle termine 2e d'un concours de l'agence de mannequins Elite. "J'étais fascinée par l'univers de la mode depuis toute petite, se souvient-elle. C'était aussi un moyen de partir de chez moi." Ce qu'elle fait à 16 ans. À New York, qu'elle quitte un mois après le 11 septembre 2001, traumatisée, ou à Milan, où elle s'amourache du Milan AC, son rêve se réalise. Mais son corps souffre encore. "Je ne disais rien, raconte-t-elle. Je ne voulais pas passer pour celle qui se plaint tout le temps."
Novembre 2005, Paris. Une nouvelle crise cloue Simone dans son lit jusqu'au mois d'avril 2006. "À 24 heures près, je restais paralysée, confie-t-elle. Les médecins m'ont sauvé la vie." L'opération des lombaires est une réussite. "Deux jours après, j'étais au Queen, avoue Simone. J'ai un peu pété les plombs mais c'était génial. Je revivais. " Immobilité, chaise roulante, béquilles, la maladie l'a contrainte à faire le tri de ses amis, de ses amours, et à réfléchir à son avenir. "J'ai toujours eu en moi la certitude que je pouvais aller plus loin, explique-t-elle. C'est ma force de mettre la barre très haut. "
En mai, son inscription sur MySpace lui permet de retrouver ses fans (1 000 visites par jour sur www.myspace.com/cupsilups) et le garçon qui partage aujourd'hui sa vie, Kimo, graphiste et très bon danseur de hip-hop. En juin et juillet, elle vit intensément le Mondial allemand. "J'étais comme une folle, reconnaît-elle. Quand je regarde un match, je hurle, je crie, je saute en l'air. " En août, Kimo s'installe dans sa grande maison du 9-3. Ensemble, ils imaginent alors de produire un calendrier. Simone l'avait fait avec bonheur pour le magazine Max en 2001.
Mais cette fois, elle tient à tout contrôler. Pour que ça lui ressemble. Comme un résumé de sa vie. L'enthousiasme est communicatif. Elle monte sa petite entreprise, organise la séance photo, trouve l'imprimeur. Elle n'a aucune certitude mais elle avance. Que ça marche ou pas, elle continuera à vivre simplement, à s'occuper de sa maison. "On peut me lâcher dans Castorama les yeux fermés, je connais par coeur tous les rayons", sourit-elle. Une jolie Bricol Girl qui a échappé à Alain Chabat, mais pas à Sport, bien sûr.
Ce n'est pas à corps perdu mais tout nu qu'il faut dire.