Le 26/02/2009 - 19h36
Par
SPORTWEEK / Geoffroy Bresson
Chasseur de tornades : Autant en emporte le vent
SportWeek
Ils sont des milliers aux états-Unis. Touristes ou chercheurs, ils traquent les tornades et provoquent des embouteillages à l'approche des orages. Jusqu'où vont-ils ? Sportweek fait le point entre fantasme et réalité.
Il traque sans appareil sophistiqué. Juste une petite voiture pour se déplacer. Il se met en danger à chaque virée, mais sa prise de risque ne remplit pas son portefeuille. à peine le revenu d'un intérimaire qui enchaîne les petits boulots. Dimitri Rosel n'est même pas scientifique. Aucune trace de météorologie dans son cursus. Mais chaque année, ce Français poursuit une passion qui lui prend tout son temps et son argent : la chasse aux tornades. à l'ancienne, sans radar, juste avec un équipier pour l'accompagner. Son dada consiste à s'approcher au plus près des tourbillons. Pour le plaisir de les frôler et de ramener des images à couper le souffle, susceptibles de mettre un peu de beurre dans ses quelques épinards, en les vendant au plus offrant.
1 600 tornades en 2008"
L'an passé, affirme-t-il,
je suis passé à 200 m d'une F3 [un coridor en furie dans lequel les vents tourbillonnent à 250 km/h et peuvent détruire des maisons, ndlr]. " C'était à Tornado Valley, " le " jardin privilégié des orages les plus violents au monde. La zone s'étend sur un territoire plus grand que la France, au coeur des États-Unis, dans le middle-west. Là-bas, en 1915, une tornade gigantesque a frappé Great Bend, au Texas. Elle a envoyé des débris à 130 km de la ville, un sac de farine 177 km plus loin et un chèque de banque à 491 km de l'endroit d'où il s'est envolé. Tout cela en quelques minutes. Plus efficace que Chronopost, plus rapide que le TGV. Plus récemment, il y a dix ans, des vents y ont été mesurés à 484 km/h au coeur d'un vortex, près d'Oklahoma City. Une vitesse jamais constatée de manière scientifique auparavant. Aujourd'hui, la nature frappe régulièrement Tornado Valley avec la même violence. La fréquence de ces manifestations naturelles apparaît même plus menaçante que jamais. 1 600 tornades y ont été répertoriées en 2008. Un record historique, supérieur de 60 % à la moyenne annuelle normale. De quoi freiner les ardeurs des chasseurs ? Justement, non. Depuis que le film Twister est sorti sur les écrans en 1996, traquer les grosses tempêtes est devenu un sport tendance. Et la région, un gigantesque terrain de jeu. "
Là-bas, quand on approche d'un orage supercellulaire, capable d'engendrer ces phénomènes, on est vite au courant, sourit en coin Dimitri Rosel.
Partout, il y a des camions et des 4 x 4 avec des radars sur le toit. Difficile de se tromper d'endroit. Cet engouement explique le recensement exceptionnel des tornades ces derniers temps. Il y a simplement beaucoup plus de monde pour les trouver. "
Safari des ventsLa mode se répand. Au point que des tours opérateurs organisent des voyages accessibles au grand public pour traquer ces monstres aux États-Unis. "Cloud9tours ", l'une des plus célèbres agences du secteur, propose, pour 2 000 € les deux semaines, une virée au milieu des tornades (avion et nourriture non compris). L'expédition est encadrée par des chasseurs réputés. Comme un safari au Kenya. Le voyagiste remplit trois bus de six personnes à chaque sortie. "
Ces touristes gardent leurs distances, tempère Dimitri Rosel.
Ils veulent simplement voir ces corridors et ramener des photos. Parfois, c'est déjà assez dangereux comme cela. Mais dans Tornado Valley, on voit des choses bien plus folles. " Sean Casey, metteur en scène, Reed Timmer, chasseur et Josh Wurman, scientifique, dirigent une équipe américaine conceptrice de véhicules qui mériteraient leur place dans un film réunissant Mad Max et Retour vers le futur. Leur mission consiste à pénétrer au coeur des colonnes tourbillonnaires.
Forteresse mobileC'est le thème de la série qui leur est consacré sur Discovery Channel, Stormchaser, diffusée en France depuis début janvier. Le moyen de transport le plus fou mis au point par ces pros de la traque s'appelle le TIV, Tornado Intercept Vehicule. Un véhicule blindé, surprotégé pour se prémunir des débris, alourdi pour éviter d'être emporté. Ce mastodonte est entouré d'une armure d'acier qui pèse huit tonnes. Il est monté sur six roues motrices et peut atteindre 160 km/h. Une véritable forteresse mobile. Pour s'approcher des tornades, les chasseurs embarquent dans ce bunker hollywoodien. À l'intérieur, selon les inventeurs, ils sont à l'abri de vents pouvant atteindre 250 km/h. Pendant qu'ils sont enfermés à double tour, Josh Wurman, le météorologiste de la bande, reste en retrait. Lors de la chasse, il détecte les endroits où les tornades peuvent passer. Le chercheur, célèbre pour avoir mesuré les vents les plus puissants au monde, s'installe dans un camion équipé d'un radar doppler. "
Cet instrument n'est pas là pour le fun, argumente le scientifique, qui a lui-même conçu cet ovni.
Le doppler génère des cartes en trois dimensions, qui reproduisent les mouvements de l'air dans la colonne. Grâce à lui, on analyse comment les tornades naissent, grandissent, se déplacent et meurent. " Un minutieux travail de spécialiste.
Sauver des vies"
Il faut faire la différence, poursuit Josh Wurman.
Dans ces reportages, on voit beaucoup le côté spectacle avec des vidéos hors du commun. Sauf que dans ce milieu, les personnages importants sont les scientifiques. Eux sont peu nombreux et approchent les tornades pour récolter des informations qui peuvent aider, voire sauver les gens. " Les Américains ont beau entourer leurs expéditions pour étudier les tornades d'un grand spectacle digne d'Hollywood qui peut sembler superflu, force est de constater qu'aujourd'hui, ils sont les seuls au monde, capables d'anticiper, 15 minutes à l'avance, les endroits où un tel phénomène peut se former et frapper. "
En Europe, on est loin d'une telle prévision, regrette Dimitri Rosel, qui ne sillonne pas que les États-Unis, mais aussi le Vieux Continent, l'été, à la recherche des orages.
Chez nous, Météo France ne dispose que de très peu de financement. Les radars doppler n'existent pas. On n'est même pas capable de donner des statistiques à peu près précises sur les fréquences de tornade sur notre territoire. Pourtant, je vous assure que ces manifestations existent aussi en Europe. J'en ai déjà photographié des tas. Malheureusement, quand une vraie tornade nous frappera, on ne pourra que constater les dégâts. "Fantasmes et réalitéL'été dernier, en France, l'une d'elle a d'ailleurs ravagé un quartier entier et endommagé 700 logements à Hautmont, dans le Nord. Phénomène exceptionnel ou l'Europe devient-il un nouveau terrain à explorer pour les chasseurs ? "
Certains fantasmes sont en train de naître à propos du réchauffement climatique, qui favoriserait le développement de phénomènes météos extrêmes comme les tornades, note Josh Wurman.
La vérité, c'est que rien n'est prouvé. La chaleur ne produit pas ces manifestations toute seule. Le Brésil est un pays chaud, mais très peu de vortex s'y forme. Dans Tornado Valley, l'activité la plus importante est recensée au printemps. Une saison qui n'est pas la plus chaude de l'année. Alors peut-être que les changements climatiques engendreront plus de tornades, peut-être moins, peut-être que cela ne changera rien. Personne ne sait. " Le mystère reste entier. Quoi qu'il en soit, après les États-Unis, la traque a déjà commencé chez nous...
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