Le 12/04/2007 - 19h31
Par
SPORT / Matthieu Sustrac
L'apnéiste Loïc Leferme est décédé mercredi 11 avril en rade de Villefranche-sur-Mer lors d'une plongée d'entraînement. L'ancien recordman du monde de plongée en profondeur absolue s'était confié sur sa passion de l'apnée et les risques des profondeurs en août 2006.
Comment est née votre
passion pour l'apnée ?
Loïc Leferme : "Je suis originaire du Nord de la France puis on s'est
déplacé dans le sud où je me suis mis aux sports de montagne. Né dans l'univers
de la natation par mon père et mon grand père. J'ai eu un contact rapide avec
l'eau et ce milieu là sans faire de compétition. Je suis ensuite venu à l'apnée
comme je venu à l'escalade. C'est tout sauf un hasard si ces deux activités
m'ont plu. Le rapport à la verticalité est très fort. Il faut s'engager à fond
et puis le lien avec l'élément est très fort. La roche c'est comme l'eau, c'est
puissant. Ca m'attirait beaucoup.
Pas d'effet Grand
Bleu...
Ce film m'a interpellé comme tout le monde mais je vivais à
la montagne à l'époque. Par contre, j'avais trouvé le film sympa, l'histoire
bien menée, marrante et au niveau
image....
Comment avez-vous
débuté ?
J'ai commencé après la fac avec des potes en 1990, on a crée l'apnée
moderne après Mayol, on a développé et crée une fédération qui regroupe une
cinquantaine de pays maintenant (l'Association internationale pour le
développement de l'apnée, l'AIDA). La dimension communautaire existe vraiment
dans l'apnée. Au début il fallait se regrouper pour des questions de sécurité
et puis après c'est devenue une activité collective. Nous on ne vit pas ça
autrement.
La notion de groupe,
c'est l'aspect qui vous plaît dans cette découverte intérieure que permet
l'apnée?
Les plongeurs qui descendent avec moi sont des amis. Il y a
de la confiance entre nous, on se connaît. Gratter des mètres et descendre plus
bas c'est bien mais l'idée c'est de descendre avec les mêmes mecs. C'est
important. A l'entraînement, on descend plus bas que lors des tentatives de record
mais au départ, l'apnée c'est pour les sensations. Il n'y a pas besoin de
descendre si bas pour en ressentir. Se retrouver dans l'eau, être bien,
retrouver ses potes... Etre dans la mer c'est grand, c'est un milieu très fort et
excitant. Au delà de la compétition entre nous qui n'existe pas réellement.
L'apnée, c'est une pratique cool où on se fait plaisir.
Comment se prépare-t-on ?
J'ai développé une technique qui m'est propre. Je me relaxe
dans l'eau et c'est peut être une sorte de yoga dans le sens où on développe
une certaine sensibilité au corps. L'eau permet de bouger sans entraves, de re-expérimenter
les sensations du corps que l'on a perdu. Redécouvrir son corps, retrouver des
choses à l'intérieur, c'est ça l'apnée.
L'important n'est pas
la force pure...
Je me muscle tout l'hiver et pendant l'été je m'assouplis complètement
pour permettre au corps d'accepter la pression des plus grandes profondeurs. Il
faut être très flexible dans la tête et dans le corps pour réussir. Flexible
dans sa tête, ça veut dire permettre au corps d'accepter l'écrasement dont on
est victime en descendant. Le gros problème de la profondeur ce n'est pas le
temps d'immersion, c'est plutôt cette pression à laquelle on s'adapte petit à
petit, au fil des années en ne brusquant pas les paliers de descente. Moi, ça
fait dix sept ans que je pratique !
Comment planifie-t-on
un nombre de mètres ?
On décide ça après un briefing et l'entraînement. On ne peut
pas dire j'y vais et je verrai où je m'arrête. J'ai battu 5 marques mondiales,
ça s'est bien passé et je n'envisage pas de partir dans l'inconnu. Je suis peut
être dans un état semi-conscient mais je sais ce que j'ai à faire. C'est
presque automatisé et ça me permet de vivre le moment présent. En plus, c'est
dur de réfléchir quand on est aussi profond. On essaye de faire le plein de
sensations !
La notion de
risque ?
C'est présent mais enfin bon, on ne plonge pas s'il y a un
risque. C'est quelque chose qui doit être réglé au début de la descente. Quand
on plonge c'est carré et c'est ce qui me permet de me concentrer totalement sur
mes sensations. Je ne me demande pas si je risque ma vie, sinon je n'irai pas
plus loin. L'apnée doit être une pratique encadrée, je ne la vois pas différemment.
Les gens en font ce qu'ils en veulent mais il ne faut rien forcer et faire ça
en groupe. Ressentir les choses c'est très important ainsi que de ne pas
laisser les gamins en faire seul sinon c'est la catastrophe.
L'apnée, ce n'est pas dangereux : on fait une syncope c'est-à-dire que le corps se met en stand-by, on s'endort. Si on est tout seul et que l'on s'endort dans l'eau, on se noie. C'est bête mais s'il y a quelqu'un pour vous réveiller c'est moins risqué. Le gros danger c'est la noyade mais c'est souvent les gars qui font ça seul qui en sont victime et ceux là, sont des plongeurs à deux balles... L'apnée ça peut être tout et n'importe quoi, il y a des règles à respecter pour descendre et homologuer un record. Contrôle antidopage, juges internationaux, le truc doit être carré. Je m'efforce de faire les choses bien avec mon équipe.
La reconnaissance est
à ce prix ?
On est enseignant au départ. Notre but c'est d'être
médiatisé mais surtout de démocratiser notre pratique. C'est pour cela qu'on a crée le CIPA (Centre International de plongée et d'apnée) où on essaye de transmettre notre passion. Il y a un intérêt
certains pour notre discipline quand on voit le peu de gens qui la pratique.
Permettre aux gens de s'y mettre c'est plus dur car notre discipline n'est pas
si accessible que le surf (rires). Pour commencer, il faut trouver un groupe et
faire attention à la manière dont on pratique. La piscine est un bon endroit
pour commencer.
L'avenir ?
On monte un projet pour l'été 2007, toujours à Villefranche-sur-Mer, la Mecque de l'apnée. Quand on
habite Hawaï et que l'on surfe à Pipeline, je vois pas pourquoi on irait surfer
à Hossegor (rires). Villefrance n'est pas loin du spot idéal puisque l'eau se
réchauffe en été, c'est protégé du courant et toute mon équipe est là. Les
meilleurs viennent plonger chez moi ! "
Propos recueillis par Matthieu Sustrac
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