Le 04/08/2006 - 15h47
Par
SPORT / Ludivine Morbin
Tony Estanguet en quête d'un titre mondial
SportWeek
Double champion olympique en canoë monoplace à Sydney en 2000 et à Athènes en 2004, Tony Estanguet a tout gagné ou presque... Un titre manque à son palmarès, celui de Champion du Monde. Le Français part à la conquête de son graal du 04 au 06 août prochain à Prague, en République tchèque.
A quelques heures de vos débuts aux Championnats du Monde, comment vous sentez-vous Tony ?
C'est la dernière ligne droite, ça fait 6 mois, voire plus, que je prépare cet objectif. J'ai hâte de commencer. Je débute vendredi avec les qualifs, l'enjeu n'est pas majeur puisqu'on est 62 au départ pour 40 places pour les demi-finales. Je vais déjà essayer de bien entrer dans la compétition, de trouver mes sensations, mes marques sur ce bassin de Prague et sur ce parcours. Mais il ne faut pas forcément prendre de risques ou laisser trop d'énergie physique dans les manches de qualifications car il faudra monter en puissance au fur et à mesure de la compétition.
Le titre de Champion du Monde est le seul qui vous manque...
Cette année, j'ai beaucoup préparé cette compétition parce que j'aimerais bien essayer de gagner ! Mais ça va être difficile... Je suis en terrain inconnu et mes adversaires principaux sont du coin et donc connaissent bien mieux le bassin que moi. En plus, j'étais très en forme il y a un mois pour les Championnats d'Europe je voulais vraiment gagner un grand championnat en France, chose qui ne m'était jamais arrivée (ndrl : objectif atteint pour Tony qui a remporté l'or). J'avais à coeur de bien préparer le titre européen ça fait donc un mois que je suis à mon pic de forme et je ne sais pas si je vais réussir à tenir. Il y a pas mal d'arguments qui me font dire que ça va être dur mais c'est l'objectif d'essayer d'aller chercher ce titre qui me manque.
Vos plus dangereux adversaires sont Slovaques, auront-ils un avantage sur vous du fait de concourir presque à domicile ?
Ça joue pas mal oui .... Surtout que d'habitude on essaie de venir deux fois dans l'année pour reconnaître le bassin pour essayer de comprendre les mouvements d'eau. Mais cette année on a dû annuler deux fois à cause d'inondations. La préparation a été un peu tronquée, mais le parcours est dur pour tout le monde ! Même les Slovaques pourront aller à la faute. Il. Maintenant que la préparation est terminée et il ne faut pas trop se poser de question et foncer !
Comment parvenir à remporter le titre mondial après plusieurs échecs ?
Lors des mondiaux précédents, je me suis autodétruit tout seul en voulant aller un peu trop vite. Donc en qualifications, l'objectif est aussi de rester centré sur moi, de faire ma course sans chercher à aller trop vite, d'éviter de faire de grosses erreurs. On fera les comptes après la 1ère manche et après en finale il faut prendre des risques je les prendrai à ce moment là ! C'est une stratégie un peu sur la défensive mais j'ai remarqué lors des derniers Championnats du Monde que j'attaquais trop fort et que je sortais de la trajectoire tout seul.
Vous vous êtes beaucoup remis en question ?
J'essaie oui ... Je tente de changer pour réussir une fois dans un Mondial, pour que ça tourne un peu ! Mais ça va être difficile. J'ai des nouveaux adversaires, on est 7 ou 8 à pouvoir l'emporter.
C'est un beau challenge pour un champion qui a presque tout gagné ?
Tout à fait ! On s'entraîne deux fois par jour pendant toute l'année pour deux fois une minute de course. Il va falloir être brillant pour réussir... c'est encore plus motivant.
Quelles sont les spécificités du canoë-kayak ?
C'est un sport de glisse, un peu à l'image du surf. Ce sont des sensations de glisse, de vitesse, de plaisir et de jeu avec l'eau. Il faut toujours essayer d'être dans le sens de l'eau et pas en opposition pour se ralentir. On évolue dans un milieu vivant qui change en permanence donc je pense que la qualité essentielle est une bonne capacité d'adaptation. On est dépendant de la nature, des mouvements d'eau. J'ai beau avoir analysé un parcours, je ne sais jamais ce qui va m'arriver au moment de la course. Sur certaines portes, j'ai établi plusieurs scénarii. C'est un sport vivant, les mouvements d'eau changent entre les six manches que j'aurai à faire même sur le même tracé. C'est une remise en question permanente et c'est ça qui est sympa !
Vous êtes engagé pour un sport propre par le biais l'association " Vivre Sport ", ça vous tient à coeur ?
On vient au sport pour des valeurs sanitaires. Quand on est gamin c'est plus pour le jeu. Sans les bénévoles on ne pourrait pas organiser de compétition mondiale. Ce sont des messages basiques mais il est important de les rappeler. Il faut dire qu'il y a des règles et des personnes à respecter, que ce soit l'adversaire ou le corps arbitral. Cette exemplarité c'est bien de la promouvoir. Il ne faut pas perdre la tête et vouloir gagner par tous les moyens et quels que soient les moyens mais simplement respecter les règles et ça suffit pour gagner !
Propos recueillis par Ludivine Morbin
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