Le 20/08/2008 - 10h00
Par
SPORT / Geoffroy Bresson
Ultra Trail du Mont-Blanc : Mission possible
SportWeek
La semaine prochaine, 2 300 coureurs se lancent à l'assaut des 166 km et ses 9 500 m de montée de The North Face ultra-trail du Mont-Blanc. Comment se préparer à une telle course ? Qui peut arriver au bout ?
Il y a des défis pour lesquels il vaut mieux réfléchir à deux fois, voire trois ou quatre, avant de se lancer. Prendre le départ de The North Face ultra-trail du Mont-Blanc fait partie de ces challenges à ne surtout pas prendre à la légère. Jugez plutôt. 166 km à avaler autour de la plus haute montagne d'Europe, en moins de 46 heures. 9 400 mètres de dénivelé positif à se coltiner à pied. Inhumain ? Et pourtant. Depuis six ans, 2 300 passionnés des efforts de longue durée se lancent dans l'aventure. Parmi eux, seuls 10% sont considérés comme sportifs de haut niveau, selon les chiffres de l'organisation. "
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, terminer la course est jouable pour un habitué des 10 km, à condition de bien se préparer ", affirme Guillaume Millet, enseignant-chercheur à l'Université de médecine de Saint-Étienne.
La tête avant les jambesPréparation. Le mot-clé est lâché. Selon notre scientifique, qui a déjà participé à quatre éditions, pas besoin d'un entraînement digne des Jeux olympiques pour s'aligner. Cinq heures d'entraînement régulier par semaine suffisent. Le défi est dans la tête avant de passer dans les jambes. "
Un ultra-trail aussi difficile, on doit l'anticiper mentalement au moins un an à l'avance, estime Vincent Delebarre, qui a remporté l'épreuve en 2004. I
l faut savoir dans quoi on se lance. Le tracé de cette course pousse n'importe qui dans ses retranchements. Le chrono ? Mieux vaut ne jamais y penser. Même terminer la course n'est pas un objectif à se fixer. On doit juste se marteler : "Va le plus loin possible !"
Quand on est bien préparé, on se connaît et on sait quand dire stop."
62 % de réussiteTechniquement, la course exige une véritable expérience de montagnard. "
Comme celle d'un marin qui prend la mer, commente l'ancien lauréat.
L'important est de connaître son environnement. Celui qui n'a jamais exploré les chemins, les rocailles, l'altitude, les changements de température, ne peut pas s'en sortir." La préparation idéale se passe donc dans les hauteurs. "
Avec trois séries de deux jours en montagne dans les douze mois qui précèdent l'ultra, on augmente déjà largement ses chances de devenir un finisher (le nom donné aux valeureux concurrents qui franchissent la ligne d'arrivée), estime Guillaume Millet.
Durant ces entraînements, on part avec le strict minimum : un sac à dos léger et des bâtons. On marche et on court cinq à dix heures quotidiennement."
Des stages en altitude de quatre à cinq jours, encadrés par d'anciens vainqueurs de la course, sont organisés tout au long de l'année sur les sentiers même de l'épreuve (liste disponible sur le site internet www.ultratrailmb.com). "
Il y a beaucoup de grains de sable qui peuvent détruire une préparation, commente Vincent Dellebarre, q
ui organise justement l'un de ces séjours. Le but de ces rassemblements consiste à en éliminer le maximum dans une ambiance collective. Car dans l'ultra-trail, les autres concurrents sont des partenaires qui peuvent vous aider à aller au bout et pas des adversaires. " La notoriété de la course du Mont-Blanc aidant, chaque année, les trailers arrivent de plus en plus affûtés sur la ligne de départ à Chamonix. En 2007, sur 2319 partants, 1 437 ont rallié l'arrivée, soit un taux de réussite de 62%, en augmentation de 17% par rapport à l'édition précédente.
Il n'y a plus de touristes"
Il y a six ans, quand l'épreuve a commencé, seul un coureur sur dix est arrivé au bout, note Guillaume Millet.
Certains venaient sans entraînement et abandonnaient rapidement. Aujourd'hui, ces touristes ont disparu. Avant de s'inscrire, chacun doit participer à des courses qualificatives pour répondre aux critères. Cette sélection limite les protagonistes pour le départ et garantit ainsi la qualité de la course." Mais le procédé ne suffit déjà plus. Lors des inscriptions début janvier, les organisateurs ont même été contraints de mettre en place un tirage au sort pour désigner les 2 300 heureux partants que les directeurs de course se donnent pour règle de ne pas trop dépasser. En 2008, plus de 2 500 candidats ont été refusés. Même la ligne de départ devient difficile à atteindre...
RepèresThe north face ultra-trail du Mont-Blanc6e édition
Du 27 au 31 août
Départ/arrivée (166 km) :
Chamonix (74)
Record 2007 (163 km) :
Marco Olmo, 21h31'58"
Soyez le premier à donner votre avis