Le 25/08/2007 - 08h56
Par
SPORT / Matthieu Sustrac
Alors que l'Ultra Trail du Mont Blanc bat son plein, Karine Herry nous dévoile les secrets d'un trail réussi. Mère de jumeaux, elle explique sa recette pour revenir rapidement au top de sa forme.
Quel est l'aspect le plus dur d'un trail et de celui du Mont
Blanc ?
Karine Herry : " Le plus dur c'est le physique, mais c'est une sorte de
cercle. Trouver du mental quand le corps se crispe et se durcit, c'est dur.
Trouver un nouveau souffle n'est possible que si vous êtes prêt mentalement. A
ce moment là, il est possible d'adopter une foulée moins rasante. Je cherche la
fluidité du mouvement et surtout, il ne faut pas s'emballer au début. Il faut
garder des réserves pour la fin.
Comment vous préparez vous au niveau mental ? Que faire
pour ne pas craquer pendant la course ?
J'ai un préparateur mais ce n'est pas du tout un gourou. Il
me donne quelques pistes pour ouvrir d'autres portes et rester positive en
course. Personnellement, je ne rentre pas dans une bulle pendant l'épreuve. Je
me sers de l'énergie positive des spectateurs en partageant avec eux. Il ne
faut pas avoir peur de répondre ou de s'extérioriser par des cris ou des
bonjours sonores. D'ailleurs, ca fait toujours plaisir quand quelqu'un vous
répond.
Un trail peut-il se jouer en descente ?
On peut perdre un trail dans une descente ou y reprendre
plusieurs dizaines de minutes. C'est un aspect que je travaille de plus en plus. C'est une
portion spécifique de la
course. Il faut se préparer aux chocs répétés. C'est raide
et ça traumatise le corps. Cette année, le parcours a évolué et il y a des
descentes encore plus dures. Il ne faut pas chercher la vitesse mais être le
plus délié possible. Mercredi, j'ai fais la descente de l'Aiguille du Midi, ça
a fait sourire les employés qui m'ont fait un forfait Karine Herry.
La nuit est aussi un moment important qui peut tout
changer...
Sur un terrain technique, il faut rester vigilant. La
qualité de l'équipement joue un grand rôle aussi. Il faut le choisir
méticuleusement. Avec mon expérience, je me sens bien pendant la nuit. J'ai même fait des
examens d'équilibre du corps avec les yeux fermés et les yeux ouverts et j'ai
vu que je suis mieux équilibrée dans l'espace quand mes yeux sont clos. Comme quoi je peux
encore progresser (rire).
Vous avez une pratique réfléchie, notamment au niveau de la
préparation...
La qualité de l'alimentation permet d'éviter les blessures.
Il faut faire attention à la qualité et à la quantité, ça permet de progresser
chaque année... On me dit parfois que je pense trop mais c'est ma façon de faire,
de progresser et de réussir. Je pense à Corinne Favre, une fille des alpages
qui a plus la tête dans les nuages et planifie moins les choses. Elle est mon
extrême (rires).
Vous êtes maman, cela ne vous handicape pas ?
J'ai accouché de jumeaux le jour de la Saint Valentin et
six mois plus tard, je devenais championne du monde du 100 km. Je veux montrer
qu'il n'y a pas de barrière, il n'y a
pas besoin de mettre sa féminité en quarantaine pour être une sportive de haut
niveau. On peut vire une maternité et en tirer de la force pour revenir vite.
Je me souviens avoir participé à une épreuve et le regard des italiennes quand
elles me voyaient avec mes gamins dans les bras était admiratif, c'était génial.
J'aurai voulu aider Muriel Hurtis ou Christine Arron pour qu'elles reviennent
plus rapidement ou qu'elles ne dévient pas vers des voies secondaires...
Comment voyez-vous l'avenir ?
Je vais continuer à courir et puis, en septembre, je rencontre le DTN de
l'athlétisme, Franck Chevallier. J'ai envie de faire partager mon expérience de
Médecin, de femme et d'athlète.
Propos recueillis par Matthieu Sustrac
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