Le 17/03/2008 - 16h31
Par
SPORT / J.G
Pendant quatre jours, 370 "marathoniens des cimes" de 16 nationalités, pros et amateurs, femmes et hommes, ont écumé les pentes abruptes et enneigées du Beaufortain (Savoie), lors de la 23e édition de cette compétition.
A l'instar des grandes réunions de sport de nature (grands raids, trails,
descentes de gorges en canoë-kayak, treks en VTT ...) en développement
exponentiel depuis une quinzaine d'années en France, la "Pierra
Menta" est avant tout une manifestation populaire dans laquelle toute une
région et ses habitants s'impliquent et participent.
"Avec
185 équipes-tandem engagées cette année, nous avons battu le record de
participation depuis la première édition en 1986 et nos athlètes, avec des
conditions physiques hors normes, signent d'invraisemblables performances sur
ce parcours qui accuse un dénivelé positif de 10.000 mètres",
souligne Guy Blanc, 65 ans, le créateur de cette épreuve qui fit entrer le
ski-alpinisme dans le monde de la compétition.
Roseaux musclés
Ils
sont fins comme des roseaux, souples et musclés, affûtés, légers quand ils
montent en peau de phoque à l'assaut des cimes et aériens dans les descentes
vertigineuses de plus de 50 degrés, survolant la neige molle et les couloirs
familiers des Chamois et bouquetins. Le
Beaufortain: 4 communes, 4 barrages, 4.000 habitants et 4.000 vaches... Dominé
par le Mont Blanc qui pendant toute la compétition a laissé admirer son
imposante stature sous un ciel limpide, on est loin ici des stations
touristiques et bétonnées de sports d'hiver. Les chalets de bois et étables
d'alpages s'égayent dans la montagne. La chanson de Ferrat, "Que la montagne est belle",
colle au paysage, mais aussi à ses habitants.
"La rando à skis ou ski de montagne,
c'est un esprit. Dans le Beaufortain, ce n'est pas un hobby ni même une
distraction, mais un élément du quotidien, une culture de la montagne",
confie Henri Marchand, un pharmacien lyonnais de 58 ans, qui court sa vingtième
"Pierra Menta" en équipe avec Viviane Monod, une prof de maths et
éleveuse de Tarines et Abondances, les vaches laitières du crû. Henri vient de
"dépeauter" (ôter d'un geste sec les peaux de phoque collées aux
semelles des skis), à l'issue d'un long passage acrobatique sur une ligne de
crête, large d'un demi-mètre entre deux vides vertigineux et immaculés. Derrière
lui se découpe sur l'azur un chapelet mouvant d'autres ombres à la peine. Il
enclenche les talons dans les fixations et bascule dans la pente sur l'autre
versant, comme on plonge dans l'océan. Il disparaît comme un éclair aux confins
de la vallée blanche. Tout au long du tracé, les supporters sont là
qui encouragent, chantent, font sonner les carrons et clarines en bronze, ces
cloches d'alpages qui se balancent à la belle saison aux cous des bovins
Des milliers au sommet
Eux aussi sont montés en peau de phoque,
ignorant les tire-fesses et autres télésièges. Il est à ce titre surprenant de
rencontrer, sur les pistes du Beaufortin, autant de skieurs grimpant vers
l'amont, en skis de randonnées ou raquettes, que de skieurs glissant vers l'aval. Mais
samedi 15 mars est le grand jour: ils sont des milliers, dès l'aube, à rejoindre le
Grand Mont (2686 m),
pour faire la fête aux coureurs. On monte avec les rustiques poêles à bois et
des kilos de fromage et de patates pour faire la fondue des cimes ou cuire les
diots et pormeniers (saucisses de Savoie). On chante en français, en italien,
en espagnol, au son de l'accordéon. Et les coureurs filent sous les vivats et les
notes entraînantes que renvoie l'écho des cimes.
"C'est la plus
belle, chaleureuse, mais difficile course de ski-alpinisme au monde",
assure Laetitia Roux. La jeune athlète de 22 ans, native de Reallon en
Haute-Savoie, championne d'Europe toutes catégories, vient de remporter l'épreuve
en compagnie de la Suissesse Nathalie
Etzensperger, en 12h02min25s. Chez les hommes, l'équipe gagnante est composée du
Suisse Florent Troillet et e l'Espagnol Kilian Jornet Burgada. Les deux hommes s'imposent
en 9h34min08s.
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