Le 01/03/2007 - 15h00
Par
SPORT / Patricia Oudy
Snowkite : Glisser de ses propres ailes
SportWeek
Après le kitesurf, sur l'eau, le snowkite, sur neige, a pris son envol. Pour éviter de se prendre les pieds dans les fils, suivez les conseils de Brice Pastor, maître d'éole au Semnozkitesurfing.
A lire également : La fiche pratique du snowkiteÇa ne rate à peu près jamais : après s'être fait saucissonner dans ses lignes, le bleu du kite vire au vert lorsqu'il se sent quitter le sol avant de s'y écraser sans finesse.
"On a tous connu des débuts difficiles", plaisantent aujourd'hui Mathieu et Manu, qui ont fait jadis les frais de l'aérologie capricieuse du col du Lautaret.
"Ça nous faisait rêver, tous ces kiters qui remontaient les pentes avec leur aile. L'avantage du Lautaret, c'est qu'il n'y a pas de marche d'approche. C'est aussi son principal inconvénient : le spot étant accessible, on se dit que le sport va l'être tout autant. Et ça, c'est l'erreur fatale du débutant..."Démêlage des noeuds sur 25 m de lignes, mauvaise évaluation de la force du vent : au Semnoz, site pionnier, Brice Pastor, coordinateur du club local, est un habitué de ce genre de clichés qui donneraient presque envie d'abandonner. Il connaît heureusement des tas de bonnes raisons de s'y mettre, en s'afranchissant des mauvais plans.
Débuter le kite sur la neige, c'est plus facile que sur l'eau :
"Tout d'abord, les vents sont moins forts et les ailes utilisées plus petites. Ensuite, le fait d'évoluer sur un sol dur, donc stable, amène tout de suite à des sensations de glisse, le kite donnant un appui supplémentaire au skieur qui n'est donc pas obligé d'avoir un super-niveau. Enfin, finie la galère pour faire redécoller l'aile." Le fait de ne pas avoir à partir et à revenir à un point fixe, comme en kitesurf, facilite en effet l'évolution. "
On peut se faire un run de 200 m, repartir et s'arrêter quand on veut." La lecture du terrain est plus facile : pas d'histoire de remontée au vent, de dérive ou de courant.
Apprendre à sentir son aile"En snowkite, on acquiert l'autonomie [gréer, se diriger] en une journée, alors qu'il en faut trois sur l'eau." La première figure de freestyle vient très vite aux plus doués : un 360° (un tour sur soi-même) est d'autant plus facile à réaliser que l'aile, en vous tirant vers le haut, vous place quasi naturellement en 180°.
L'apprentissage est aussi plus sécurisant sur la neige que sur l'eau : il y a beaucoup moins de collisions, malgré la saturation de quelques spots de référence.
"Au Semnoz, il nous est arrivé de nous retrouver à plus de 40 riders sur 4 hectares alors que le site est fait pour tourner avec une dizaine d'ailes. C'est pour ça qu'il faut impérativement débuter par une séance de largage : apprendre à se désolidariser de son aile est essentiel car rassurant. L'élève sait qu'en cas de problème, il peut tout stopper." Ensuite, rien que du classique, comme sur l'eau : on apprend à sentir son aile dans la fenêtre de vent, on la fait voler au-dessus de soi, en avant, en arrière, en tirant sur les freins.
"Dans un premier temps, tout le maniement se fait à pied. Pour les moins bons glisseurs, on préconise une paire de skis plutôt qu'un snowboard, pour une meilleure stabilité." Les conditions idéales pour débuter ? Dix noeuds de vent stable et un terrain légèrement montant.
Randonnée à grande vitesseAu départ, la pratique était identique à celle de sa cousine aquatique : des sauts pouvant aller jusqu'à dix mètres de haut sur le plat des plateaux. Rien que du freestyle. Puis, on a découvert que le joujou offrait d'autres possibilités : le freeride, par exemple, dans de la bonne grosse poudreuse, des sauts de corniches ou de barres rocheuses, pour les téméraires, du backcountry (de la randonnée en bon français), pour les plus contemplatifs. Avantage suprême de ce moyen de locomotion : avec un minimum de vent, le kite fait office de tire-fesses et, dans les descentes, il sert de parachute !
"Au début, il faut éviter la poudreuse qui requiert beaucoup de puissance d'aile pour flotter. Il vaut mieux glisser sur de la neige tassée. On peut très vite faire des bornes, jusqu'à 60 km en une heure pour les plus rapides. Bien sûr, chez nous, les sites sont trop petits pour imaginer ça. En Norvège, l'eldorado du snowkite freeride, c'est tout à fait envisageable." Comme sur l'eau, quelques consignes élémentaires de sécurité sont à respecter : évoluer sur des aires dégagées, exemptes de câbles, lignes à haute tension, arbres, ravins ou pratiquants trop nombreux. Mais, plus encore que ces divers obstacles, le vent tourbillonnant qui sévit en altitude peut provoquer l'accident : un vent de travers (vol de pente involontaire dans le jargon) et vous voilà en train de décoller tout seul. Gare aussi au kite-loop, belle vrille en compétition de freestyle, mais qui devient dangereuse lorsqu'elle n'a pas été décidée... En kite, plus le vent est fort et plus la pente est raide, moins on maîtrise son aile, qui a tendance à se décaler latéralement, parfois jusqu'à plusieurs dizaines de mètres. Bref, même si l'apprentissage est aisé, il faut tout de même une bonne dose d'entraînement pour devenir maître des cols...
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