Le 29/01/2010 - 13h30
Par
SPORTWEEK
Exclu/Aurélien Ducroz : "Seul face au sommet qu'il faut descendre"
Aurélien Ducroz-Photo : C. Margot
Fils d'une monitrice de ski et d'un guide de haute montagne, Aurélien Ducroz est monté sur des skis dès le plus jeune et a découvert le freeride presque par hasard. Il est aujourd'hui numéro un mondial.
Quelles qualités t'ont permis d'être le meilleur, l'an passé ?Quand j'ai débarqué, en 2004, la discipline était encore jeune. Par exemple, les skieurs s'arrêtaient un peu avant les sauts, au-dessus des barres. Moi, avec mon parcours et mes séances d'entraînement en équipe de France de saut, j'étais plus à l'aise sur ces passages-là. La fluidité de mes descentes m'a rapporté beaucoup de points. J'ai essayé de garder ça ensuite. Après, comme j'ai aussi fait beaucoup de ski alpin, j'ai un bon niveau technique.
Qu'est-ce qui t'a séduit ?Surtout le fait qu'on ne se bat pas contre un chrono ou un adversaire. Tu te bats avec toi-même et les choix de trajectoire que tu t'imposes. Tu es tout seul face au sommet qu'il va falloir descendre, tu choisis ton chemin, et ensuite tu vas au sommet et tu fais ta descente. La compétition, c'est avec moi. Avec l'expérience, la lecture de la trajectoire est plus simple. Si tu réussis ton parcours tu marques tes points. Tu n'es pas sûr de gagner, mais tu as fait le plus dur. Reste à choisir une voie difficile et à la maîtriser, pour marquer un maximum de points. Le premier plaisir est de réussir la ligne que tu as imaginée. Comme à Verbier, l'an passé. Je jouais le titre et le passage que j'ai choisi, quatre autres l'ont essayé. Deux sont passés...
La maîtrise est essentielle ?Pour qu'un sport existe, il lui faut des compétitions, une organisation. Il faut des champions. Le format actuel fonctionne bien, justement, avec ces contraintes de maîtrise. On ne fait pas n'importe quoi. La discipline va encore évoluer.
Comment ? Avec l'apport des freestylers, et l'acrobatie ?C'est une bonne chose que des freestylers, comme Candide Thovex soient invités. Mais attention, il faut continuer à respecter le principe de base de notre discipline : on ne touche pas au naturel du parcours, on ne touche pas à la montagne. Peut-être que la génération d'après parviendra à faire les deux. Je l'espère. En attendant, créer un sport en en dénaturant deux, je ne crois pas que ce soit une bonne idée.
Le Nissan Freeride World Tour est encore un peu limité : quatre rendez-vous seulement...C'est une question de budget, principalement. N'oublions pas qu'une épreuve comme ça prend dix jours. On devrait monter à six l'an prochain. Ce sera bien. Parce que la conséquence est que tu dois gérer, du coup, quand tu te bats pour le titre. Tu n'as pas le droit à l'erreur, à la chute. Sinon c'est cuit : c'est dur de se dire que faire 2e, c'est bien. Pourtant... J'ai mis du temps à me le mettre dans la tête. Il faut composer entre le risque et l'obligation de finir proprement ton run. Je me souviens régulièrement d'une épreuve où j'avais largement dominé la première manche. En fin de deuxième, juste avant l'arrivée, j'ai essayé un saut périlleux. Le truc idiot. Je l'ai planté, j'ai fini 14e de la manche, 3e au total. Une petite leçon...
Tu parais assez raisonnable, au sein d'une " tribu " de furieux.Je parais sage, par rapport aux plus fous, oui. C'est ma nature, d'une part, je ne force pas, et puis je pense qu'il y a des restes de l'équipe de France, la rigueur qui s'y impose. Je n'ai jamais été excessif, en fait, ils sont même surpris, quand ils me voient en virée. On en joue un peu, certains m'appellent Papa, alors que je ne suis pas parmi les plus âgés. Je suis posé, j'ai une petite famille, et puis aussi un bateau maintenant.
Quand d'autres font du surf, toi tu navigues, pendant l'été.C'est mon grand projet du moment, oui, grâce à des marins, j'ai pu découvrir la navigation. Ça fait deux ans que je suis dessus. En classe mini, les budgets sont raisonnables en plus. Grâce à quelques marins qui m'aident, je vais apprendre, en espérant faire la mini-transat en 2011. J'ai des milliards de choses à apprendre, mais l'envie est énorme. Je veux vivre ça, me connaître. On vivra à La Rochelle, l'été.
ITINERAIRENé en 1982 à Chamonix (74)
1996-2002 : sélection en équipe de France de Saut à ski (3 titres de champion de
France junior)
2003-2004 : intégration sur le circuit Coupe du Monde (3e au classement final de la
Coupe du Monde)
2004-2005 : vice-champion du Monde de freeride
2005-2006 : vainqueur de l'Engadinesnow (Suisse), Vainqueur de l'Xtrême de
Verbier (Suisse)
2006-2007 : vainqueur de la Coupe du monde de snowbird (États-Unis) et 3e au
classement final de la Coupe du Monde
2008 : 3e au classement du Freeride World Tour
2009 : vainqueur de l'Xtrême de Verbier et champion du monde du Freeride World Tour
Quinze ans de freerideAprès la frustration de Sochi, en Russie, où l'épreuve a été annulée, le
Nissan Freeride World Tour est à Chamonix ce week-end. La discipline du freeride a aujourd'hui 15 ans. Organisateurs, juges et riders se sont associés pour la codifier.
" On ne veut pas de tentatives de suicide sur nos épreuves ", résume l'un des principaux juges. Le système de notation, donc de classement, lors des quatre étapes, est surtout basé sur la maîtrise du skieur. La prise de risque est raisonnée, sous peine de zéro pointé.
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