Le 06/12/2007 - 09h30
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Candide Thovex : L'homme ès ski
SportWeek
Pour les freestylers, c'est un dieu vivant. Candide Thovex a inventé le ski new school en puisant aux sources du snowboard. Pour la première fois, il nous a reçus dans son intimité, à La Clusaz, son fief.
Vous nous accueillez chez vous, à La Clusaz. Est-ce là que tout a commencé ?Candide Thovex : "J'y suis né et j'y ai toujours vécu. Entre deux voyages, c'est ici que je viens passer du temps. Je retrouve mon père, qui m'a appris à skier à l'âge de 2 ans et demi, ma mère, et mes deux soeurs, Capucine et Mirabelle, qui commence à bien marcher en snowboard.
Vous étiez prédestiné...J'étais un enfant un peu trop actif au goût de mes parents. En fait, le ski alpin m'a toujours ennuyé. Ce qui me plaisait, c'était de sauter partout. J'étais un grand fan d'Edgar Grospiron, qui est aussi de La Clusaz.
La Clusaz est une pépinière de champions, comment l'expliquez-vous ?
Pour le freestyle et le freeride, La Balme est un terrain naturel. Quand on était au club des sports, nos entraîneurs nous emmenaient skier là-haut pour acquérir de vraies bases, même quand il y avait de la peuf
(poudreuse). Les Alpins, eux, ils la dégageaient pour planter des piquets.
Pourquoi avoir choisi le ski plutôt que le snowboard, réputé plus fun ?
Le snowboard est arrivé avec son style, ses figures, sa mode. A l'époque j'ai essayé, mais c'était avec des chaussures de ski. Je n'ai pas aimé, j'ai tout balancé. Par la suite, j'ai été énormément influencé par le snowboard. On a essayé de faire la même chose sur des skis. Si le ski new school existe aujourd'hui, c'est grâce au snowboard. On a inventé ce sport. Les marques se sont intéressées au mouvement et c'est parti.
La rivalité existe-t-elle vraiment entre le ski et le snowboard ?Quand on essayait d'aller en skis dans les premiers snowparks, on était un peu mal vus. Mais, au début, les snowboardeurs étaient aussi chassés des stations.
Est-ce que l'arrivée du ski freestyle aux X-Games a été une vraie chance pour vous ?Je regardais les X pour le snowboard et le skate. En ski, il n'y avait encore rien eu. Quand on m'a invité, ça a été incroyable. J'avais 16 ans, j'étais le petit Français, je ne parlais pas un mot d'anglais. Je me suis classé quatrième et ma carrière a été lancée.
Qu'ont aimé les Américains chez vous ?Notre sport n'est pas formaté. J'ai toujours essayé de pousser mes limites, tout en restant conscient que c'est un sport risqué. Les blessures m'ont fait réfléchir.
Trois grosses blessures en quelques années, la dernière en avril dernier...C'était sur la Grosse Bertha, un saut de 45 mètres que personne n'avait réussi à passer durant mon événement
(voir ci-dessous). Peu après, j'ai tenté ma chance. Ca glissait bien mais, dès que je suis arrivé sur le saut, j'ai senti que ça collait. J'ai vu que j'allais être court, j'ai crié en l'air et, en me posant, une vertèbre a éclaté et s'est retrouvée à 5 millimètres de la moelle. J'ai rebondi, fait un front flip sur 10 mètres et roulé sur 100 mètres. J'ai été opéré en urgence, on m'a dit que ça n'était que de l'os, que j'étais un grand sportif. Du coup, à l'automne, je me suis remis au skate...
Vous ne vous dites pas, parfois, qu'il serait temps d'arrêter avant que le pire arrive ?Oui, et me mettre au ski de fond
(rires). Sérieusement, cette fois j'ai vraiment eu peur. Il y a bien un moment où il va falloir se calmer. Mais j'ai toujours ça en moi, j'adore skier, faire des sauts. Si le corps suit...
Après votre accident, comment abordez-vous l'hiver qui s'annonce ?
Pour l'instant, je n'ai fait que du freestyle en compétition. Après ma troisième victoire aux X-Games, je vais laisser ça un peu de côté. Ça m'intéresse d'aller faire quelques courses en freeride. Il y a un nouveau World Tour qui se met en place. J'aimerais apporter le côté freestyle dans le freeride.
Et l'avenir à plus long terme ?
Il faut être réaliste, je ne vais pas skier toute ma vie. C'est pour ça que j'ai essayé de développer un maximum de choses à côté, pour préparer mon futur. J'aime les films, même être derrière la caméra. Je développe aussi un magasin en ligne, candidestore.com. Je suis en discussion avec Quiksilver pour une ligne Candide qui serait vendue sur mon site. Et pourquoi pas, plus tard, un vrai shop en ville.
Quel est votre idéal de bonheur ?Avoir une petite baraque au Costa Rica, devant un spot de surf et vendre des bananes frites. Loin du ski.
(Rires.)"
Propos recueillis par Stéphane MéjanèsBio expressCandide Thovex
Né le 22 mai 1982 à Annecy (74)
1,74 m - 60 kg
Palmarès : 1er aux X-Games en 2000 (Big Air), 2003 (Super Pipe), 2007 (Slopestyle), champion de France de bosses (1996-1997).
Sponsors : Quiksilver, Rossignol, Dakine, La Clusaz, Giro.
Candide invitationalDepuis 2003, Candide Thovex reçoit tous ses amis freestylers sur son terrain de jeu de La Balme, à La Clusaz, où il aménage des modules dont lui seul a le secret. Le rendez-vous est devenu le plus important du genre en Europe. Devant ce succès, l'édition 2008 passe de deux à quatre jours, du 20 au 23 mars.
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