Le 30/09/2006 - 14h14
Par
SPORT / Laurent Duyck
Francilien de toujours, Yann Garin s'est imposé en l'espace de quinze ans comme l'une des figures de la scène Street en France. Aujourd'hui, il skate dans le monde entier.
Certains grandissent en pleine campagne ou au bord de l'eau. D'autres n'ont pour univers que le gris, le béton d'une cité. Frustrant ? Déprimant ? Pas pour un skater. Son terrain de jeu, c'est le décor devenu invisible aux yeux des badauds. Rues, escaliers, murets, bancs publics... Plus aucun recoin d'Évry (Essonne) n'a de secret pour Yann Garin de père breton et de mère mauricienne, il a une planche vissée sous les pieds depuis qu'un ami lui a fait découvrir le matériel importé des États-Unis, en 1989. En l'espace de quinze ans, Yann est devenu l'une des figures de la scène parisienne. Abandonnés le karaté et le rugby, qu'il pratiquait à un niveau respectable. L'adolescent a trouvé sa voie dans le skate.
"Yann, un style rare"
"Le fait de ne pas avoir besoin de prof, d'être totalement autonome, m'a définitivement convaincu ", raconte-t-il. Lancé dans les rues de sa cité de l'Essonne, il apprend seul. Accompagné d'une bande de potes, scotché devant des vidéos américaines, il développe en quelques années sa technique sur flat (terrain plat en opposition à la rampe ou aux modules). Son destin se transforme lorsqu'un drame le frappe au coeur alors qu'il est en terminale : le décès brutal de son père. Baccalauréat raté, il est renvoyé de son établissement scolaire.
Sa décision est prise : sa vie sera dédiée au skate. " Je n'avais pas vraiment le choix, lâche-t-il. C'est ce que je faisais de mieux. " Avec le jeu sur console, son autre passion. Aussitôt, Yann entreprend un tour de France à la recherche du moindre contest (tournoi). " J'ai la réputation de ne faire que des compétitions, se défend-t-il. C'est très mal vu dans le milieu, car ça va à l'encontre du street. On dit en général, que ce n'est pas parce que tu gagnes que tu es le meilleur. Mais je pense avoir prouvé ma valeur. Je ne me suis jamais contenté des skateparks pour réussir. "
Il ramasse quelques primes mais doit travailler pour vivre, à temps partiel dans des Pro Shop. " Tu es obligé de gagner ta vie, explique-t-il. Il n'y a pas de revenu fixe en France dans le skate. On a beaucoup d'avantages mais pas de couverture sociale, par exemple. Le skate n'est pas considéré comme un sport de haut niveau. " Pas facile à gérer, d'autant que les skaters sont régulièrement blessés ; fractures ou entorses, comme celle de la cheville qui a tenu Yann immobilisé pendant quatre mois l'été dernier. Il y a peu, la carrière de Yann prend une autre dimension.
Flanqué de trois collègues, Nico Eustache, skater du 91, crée, en 2002, sa propre marque de skateboard, sous le nom de Rare, et fait appel à Yann. " Je l'ai rencontré sur notre petit parc local de Limours (91), confie Eustache. Je le connaissais de réputation. Son style assez original et très technique colle avec l'image que l'on voulait donner à la marque. Il a donc intégré le team en tant que pro. "
Autre actualité, les trips longue durée. De son propre aveu, Yann est " l'un des derniers skaters à ne pas être allé aux États-Unis ou à Barcelone ". Pourtant, l'Essonne n'est plus son seul horizon. Au début de l'année 2002, il s'est par exemple envolé pour l'Australie avec Marc Haziza, Kevin B7 et Thibault Fradin. " D'habitude, en compétition, on part trois jours dans un pays. Tout ce qu'on en connaît, c'est l'aéroport, l'hôtel et la route pour aller au spot. En Australie, on a eu le temps de voir du pays ", s'enthousiasme-t-il.
" Pour nous, c'est plus intéressant médiatiquement et ça joue énormément sur notre skate. On revient à chaque fois avec une énorme motivation. " Une expérience enrichissante qu'il a déjà renouvelée à deux reprises. Et bientôt trois, puisqu'il prépare son prochain voyage, cet hiver. De là à quitter définitivement Évry ? " Sans aucun problème ! " D'Évry à l'Australie, il n'y a qu'un saut...
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