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Plus de surf

Le 05/12/2008 - 06h32
Par SPORT / Geoffroy Bresson, à Santa Cruz

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Jack O'Neill, le surf sur la peau

SportWeek

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Il est le premier businessman de la glisse. Sport a rencontré en exclusivité, dans son vaste repaire situé en Californie, le mythique Jack O'Neill.

Cent kilomètres au sud de San Francisco. Un surfeur du dimanche, aux poches bien remplies, brave l'océan Pacifique. Il a 54 ans et a bâti sa fortune à l'intérieur des terres, dans la Silicon Valley. Aujourd'hui, ce Californien occupe une villa en bord de mer, dans l'une des villes les plus riches de la région, Santa Cruz. Son spot préféré s'appelle 38th Avenue. Un bout d'océan dans le prolongement de la route du même nom, juste derrière une paroi rocheuse de dix mètres de hauteur. Devant le site, au bord de la falaise, se dresse une maison isolée. "C'est ici que vit Jack O'Neill, lance notre sportif, assis sur les rochers, en train de récupérer après sa petite session. Qui d'autre est autorisé à construire aussi près du bord ? Ce type est une légende. Il est devenu millionnaire en inventant les premières combinaisons de surf." Un équipement pour le moins indispensable dans cette Californie du Nord, où les eaux du Pacifique dépassent rarement les 10 °C.

Loup de mer

On s'approche de la résidence. Pas de limousine, aucun agent de sécurité, mais un vieux pick-up Ford garé à 3 mètres de la porte d'entrée. On toque. Un loup de mer de 85 ans ouvre. C'est Jack. 1,60 m, barbe blanche. " Arrghh... " D'une voix rauque, tel Sylvester Stallone, le pionnier des businessmen du freestyle marmonne quelques mots. Son oeil gauche est bandé à la façon d'un pirate. " Vous regardez ma blessure ?, interroge-t-il. Au début, je pensais que c'était bénin. En fait, depuis quarante ans, je vis avec un oeil en moins. Le coup classique de l'accident stupide de surf. Je perds l'équilibre. Je suis emporté par les rouleaux. Et en sortant la tête du bouillon, la planche me cogne. Elle revient vers moi comme une fusée à cause du leash [une corde imaginée par son propre fils, Pat, pour maintenir le pied accroché en permanence à la planche, ndlr]. J'ai l'iris ultrasensible maintenant. Je dois le protéger. Mais on fait avec. Venez, entrez. "

Rares sont les privilégiés qui ont déjà pénétré dans cette bâtisse historique, l'antre de mister Jack. On suit ses traces, scrupuleusement. Arrivée dans le salon. 40 m². Amoureux transi de l'océan, notre rider a entièrement ouvert la pièce sur le Grand Bleu. Derrière une baie vitrée de 10 mètres de largeur, 50 amateurs surfent 38th Avenue. Plus à droite, Pleasure Point. Un autre spot juste devant une pointe du continent. Il y a quelques années, les marins y rencontraient les prostituées, pour une dernière partie de jambes en l'air avant de partir en mer pendant des mois. Jack admire son littoral, bourré de clients potentiels. En 1952, il montait son magasin dédié à la glisse, le premier surf shop de l'histoire. " Si on m'avait dit que ce sport prendrait une telle ampleur, sourit-il. Au début, on était quatre dingues à sortir nos planches dans l'eau glacée. Les plagistes se moquaient des inventions que l'on mettait au point pour braver le froid. Tout le monde disait : "Vos combis, ça ne marchera jamais".

La bonne combinaison

Des sceptiques qui n'avaient rien compris. Avec sa trouvaille, le Géo Trouvetou du freestyle a créé la multinationale O'Neill. Sa famille a vendu l'entreprise, il y a deux ans,
au groupe hollandais Logo, mais garde un droit d'exploitation à vie sur les combinaisons. On imagine une flopée de chiffres derrière ce transfert de propriété. L'histoire de Jack est
un symbole du rêve américain, dans ce pays où tout est possible. Avant d'arriver dans le nord de la Californie, il était bûcheron dans le sud. Ensuite, il a remonté la côte, après quelques mois passés dans l'armée de l'air. Puis il a développé ses fameuses combis, dans un garage, au bord de l'autoroute qui mène à San Francisco. Jusqu'à ce que le surf explose, que sa création ne devienne indispensable aux passionnés de glisse et que les ventes de sa petite affaire familiale n'éclatent. "On s'est lancés au bon moment, admet-il. Mais rien n'était planifié. Au départ, je voulais juste monter une petite boutique pour nourrir ma famille et vivre de ma passion. "

On quitte le salon. Reprise de la visite. Direction, le sous-sol. La pièce est sombre. Les fenêtres ressemblent à des hublots. "Quand la houle grossit et que la tempête se lève, décrit le maître des lieux, je m'installe dans la baignoire que vous voyez au fond à gauche. J'ouvre les hublots et je me laisse asperger par l'écume des vagues. Ça gicle de partout." Un bain d'eau salée à l'ancienne pour s'évader, loin des tracas d'un ex-entrepreneur. Près de l'océan, on relativiserait même la crise économique qui ravage le monde, et les Etats-Unis en particulier. Encore que, quand notre pirate est lancé sur les problèmes de sa société, il baisse la tête, se concentre et cherche ses mots. Sa voix devient encore plus rauque qu'à l'accoutumée, alors que l'exploit semblait difficile à réaliser. " Là, on parle de choses sérieuses, déclare-t-il. Il y a un souci avec notre système. Prenez la campagne présidentielle. Les partenaires économiques des candidats ont investi des milliards de dollars pour soutenir leur poulain. Aujourd'hui, ils attendent un retour sur investissement. Le président a des obligations. Il doit remercier ces gens qui lui ont donné les moyens financiers d'être élu. Je ne suis pas sûr qu'il soit en mesure de faire ce qui est le mieux pour le peuple en ce moment. Il doit d'abord satisfaire ses partenaires. "

Méditer avec Obama

L'un des rêves de Jack aujourd'hui, c'est de faire venir Barack Obama dans sa maison. D'inviter le président élu à s'asseoir avec lui dans son grand canapé, pour méditer face à l'océan qu'il admire chaque matin. "Je lui prouverai à quel point notre égoïsme nous met en danger. On ne prête pas assez d'attention à la faune et à la flore du Pacifique. Elles sont en train de s'éteindre. Si elles meurent, nous mourrons tous." Sur cette conclusion dramatique, on quitte Jack et on sort de sa maison. Retour devant le spot 38th Avenue. Au loin, les surfeurs rident toujours les vagues. Les phoques se lavent tranquillement juste à côté. Le soleil commence à s'effacer derrière la brume qui s'installe. Coucher de soleil voilé et orangé sur Santa Cruz. On comprend mieux comment Jack a flairé la réussite du surf dans un tel paradis océanique. Les idées géniales sont toujours les plus simples. Encore faut-il y penser.

ITINERAIRE
Jack O'Neill
Né en 1923 à Denver (Colorado). Réside à Santa Cruz (Californie).
1952 : • Fonde le premier magasin de l'histoire appelé " surf shop ", à San Francisco.
           • Invente la combinaison de surf moderne.
           • Crée la marque de glisse O'Neill.



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