Le 23/05/2008 - 07h30
Par
SPORT / Geoffroy Bresson
Longboard : plus c'est long, plus c'est bon...
SportWeek
Il fut une époque où le surf ne se pratiquait que sur de grandes planches de trois mètres de long. Les temps ont bien changé. Mais, aujourd'hui, les longboardeurs veulent rendre leurs lettres de noblesse à ces paquebots de la glisse.
L'oeil rivé vers le large, un rider de l'ancien temps, cheveux grisonnants, scrute la houle
qui se forme sur l'océan. À l'oreille des surfeurs, son nom raisonne comme une légende. Il s'appelle Nat Young. Ce double champion du monde est bien plus qu'une star australienne des années 60. L'animal, comme il était surnommé à sa grande époque à cause de son agressivité sur l'eau, est un révolutionnaire. Il fait partie des pionniers à l'origine de Magic Sam, le premier shortboard de l'histoire. Ce modèle de planche raccourci est aujourd'hui une référence, utilisé par Kelly Slater et toutes les stars du circuit professionnel. C'est un surf maniable, qui permet des manoeuvres spectaculaires. Mais, depuis quelques années, Nat Young a décidé de tourner le dos à son invention.
Un surf " old school "En cette belle journée, allongé sur la plage des Cavaliers, à Anglet, le monstre sacré regarde surfer son fils de 17 ans, Bryce. Le gamin est équipé d'un longboard, l'ancêtre du shortboard, qui était la référence en matière de surf avant que Young père ne bouleverse l'ordre établi. La planche mesure 2,80 m, soit près d'un mètre de plus que sa descendante. Sa taille et sa stabilité permettent de se déplacer d'avant en arrière et donc de privilégier le style aux manoeuvres radicales. Un surf " old school ", tombé un temps dans l'oubli, mais qui revient à la mode. À Anglet, Bryce Young est d'ailleurs engagé dans l'une des deux étapes de la nouvelle Coupe du monde de longboard. " Il est nerveux, note son père. Mais pour moi, qu'il gagne ou qu'il perde, ça ne change rien. " Dans cette famille, l'essentiel n'est pas la victoire. Leur vademecum, c'est plutôt" Enjoy the ride ".
" Le longboard correspond plus à notre façon d'appréhender le surf, commente Nat Young. La compétition constitue un objectif. Mais tout le monde vient d'abord ici pour s'éclater. C'est ce qui fait la différence avec le strass et les paillettes du circuit professionnel de shortboard. Là-bas, beaucoup d'argent circule. Ils ont tendance à oublier les origines de notre discipline et nos vraies valeurs. " Avec un longboard,
le surf se pratique dans toutes les conditions. Une houle d'un mètre suffit pour réaliser des manoeuvres. " C'est moins frustrant qu'avec une planche courte, où il faut des vagues plus consistantes ", confirme Nat Young. " Attention, nous ne sommes pas pour autant une discipline de papy, prévient le Brésilien Phil Rajzman, champion du monde en titre. On peut aussi surfer des grosses vagues. Et essayez de manoeuvrer avec une planche de trois mètres de long... " Le coup de jeune actuel du longboard est, avant tout, lié aux innovations techniques apportées à la planche. " Il y a encore dix ans,
ce surf pesait 15 kg, se souvient le Franco-Brésilien Eduardo Bagé, également engagé dans la compétition. C'était difficile de bouger une telle masse. Aujourd'hui, le poids a été divisé par trois. Le longboard est devenu maniable. On peut réaliser les mêmes mouvements que ceux que l'on voit sur le circuit professionnel. Avec le style en plus."
Changer les mentalitésEn France, les longues planches sont surtout utilisées par les débutants. " Les amateurs passent ensuite au shortboard, regrette Antoine Delpero, numéro un tricolore et finaliste de la Coupe du monde à Anglet. Parce que faire des sauts comme Kelly Slater fait rêver
le grand public. " Nat Young, lui, assure qu'au Brésil et en Californie, le longboard est très populaire, au moins autant que son descendant. " En France, ajoute-t-il, c'est un peu comme dans tous les domaines, non ? Il faut du temps pour changer les mentalités. " Au niveau mondial, gagner sa vie avec des contests de longboard est un rêve que peu de surfeurs peuvent se permettre. Dans l'année, il n'existe que deux rendez-vous d'envergure, les deux étapes du circuit de Coupe du monde, à Anglet et à Threstles, aux États-Unis, susceptibles d'engendrer un gain financier conséquent. " Le billet d'avion pour se rendre sur la compétition coûte plus cher que le prize-money ", ironise Eduardo Bagé. Nat Young rêve qu'un jour le surf ne redevienne qu'une seule et même famille, que les contests de longboard soient intégrés au calendrier des épreuves du Dream Tour. " La compétition n'est utile que pour montrer ce qu'il est possible de réaliser, analyse l'Australien. Le longboard doit avoir sa place. " Pour que le surf retrouve ses origines. " Enjoy the ride ", Nat...
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