Le 08/03/2007 - 17h23
Par
SPORT / Ludivine Morbin
La première étape des championnats du monde de surf se déroule sur la Gold Coast australienne jusqu'au 11 mars. Les Quiksilver et Roxy Pros réunissent le gratin de la discipline. Parmi eux deux Français : Jérémy Florès et Caroline Sarran.
Coolagantta... Le nom de la station balnéaire australienne parle de
lui-même. Située à une heure de route au sud de Brisbane, sur la Gold
Coast, la petite ville est l'un de ces endroits où le stress et la
pression n'existent pas. Quelques immeubles plantés le long d'une
immense plage de sable blanc, que viennent caresser les eaux turquoise
du Pacifique, deux ou trois boutiques de maillots de bain, quelques
restaurants... Ce n'est pas l'endroit le plus animé d'Australie, ni le
plus beau d'ailleurs. Mais il règne à Coolagantta une certaine douceur
de vivre. Pour le touriste lambda, il faut avouer qu'en dehors des
plaisirs balnéaires, il n'y a pas grand-chose à faire. Mais justement,
ce qui fait la spécificité de Coolagantta, c'est qu'il n'y a pas de
touristes ordinaires.
On y vient dans un but bien précis et souvent
unique : surfer. Car tout amateur de déferlantes qui se respecte doit
s'attaquer au moins une fois dans sa vie à l'Everest local, Snapper
Rocks. C'est une vague mythique, que l'on vient défier du monde entier,
car c'est tout simplement la plus longue " droite " de la planète.
Autant dire qu'il vaut mieux faire sa prière avant de s'engouffrer dans
son tube, car on s'engage alors dans un long et périlleux voyage, qui
conduit les moins expérimentés vingt mille lieues sous la mer... C'est
sur ce spot ultra-renommé qu'a débuté, le 26 fevrier, le coup d'envoi
de la saison.
Une fois n'est pas coutume, filles et garçons disputent
ensemble cette première manche du championnat du monde 2007, puisque le
Roxy Pro et le Quiksilver Pro Snappers Rocks ont lieu simultanément et
au même endroit. A priori, tout est donc réuni pour que les meilleurs
riders mondiaux s'en donnent à coeur joie et en mettent plein la vue aux
spectateurs australiens, fans de surf devant l'éternel. Sauf que les
dieux ne sont pas de la partie. Une sale météo due au cyclone Gamède,
occupé à ravager les îles de l'océan Indien, mais dont les effets se
font sentir jusque sur les côtes australiennes. Les premiers jours de
la compétition en ont donc été perturbés : un vent trop violent, des
vagues pas à la hauteur, bref, des conditions à ne pas mettre une
planche à l'eau. à moins d'être un vrai mordu et d'avoir envie de
rentabiliser chaque seconde de son séjour à Coolagantta, comme Jérémy
Florès.
Sous l'oeil de Kelly Slater
Le jeune Réunionnais de 18 ans est un peu l'attraction de ce premier
contest de l'année. Et pour cause. C'est sa première compétition WCT,
le World Championship Tour, qui n'est ouvert qu'aux 44 meilleurs
surfeurs de la planète. Et c'est surtout la première fois qu'un surfeur
de cet âge réussit à se qualifier sur le circuit professionnel. Sur la
plage de Coolagantta, à chaque fois que le Français entre dans l'eau
pour s'entraîner, tous les concurrents gardent un oeil sur lui, même
s'ils ont l'air ailleurs. A l'image de Kelly Slater, l'octuple champion
du monde, qui regarde fixement l'océan, sur lequel Florès fait des
merveilles.
Caché derrière des lunettes noires, impossible de voir si
l'Américain l'observe vraiment. Jusqu'à ce qu'il finisse par lâcher,
admiratif : " Il est vraiment plus fort que moi à son âge. " Dans la
bouche de Slater, légende vivante du surf, le compliment prend tout son
sel. La France, effectivement, n'a jamais eu un jeune surfeur offrant
un tel potentiel. À Coolagantta, après sa victoire dans la première
série, arrachée face au champion du monde américain C. J. Hobgood, et
qui le propulse directement en 1/8e de finale, les concurrents restent
pantois. Comme Kelly Slater, qui se fait éjecter de sa planche et qui
doit en passer par les repêchages...
Bientôt dans le Top 10
Tous s'accordent pour prédire un avenir radieux au petit Frenchy et
certains n'hésitent pas à dire qu'il pourrait même s'incruster dans le
top 10 d'ici peu ! C'est beaucoup de pression pour un gamin de 18 ans...
" Pas du tout, rétorque son père, Patrick Florès, qui l'a entraîné
jusqu'à l'année passée et qui travaille désormais pour le WCT. Sa
grande force, c'est qu'il sait ce qu'il veut et ce qu'il vaut. Sans
être arrogant, il a conscience que, dans le top 44, il ne fait pas
partie des dix plus mauvais techniquement, tactiquement et mentalement.
"
Très sollicité, Jérémy est difficile à aborder. Il évite la presse
pour mieux se concentrer, s'entraîne avec les touristes pour mieux
passer inaperçu et passe tout son temps libre aux côtés de sa petite
amie et de ses copains. " Il n'est pas stressé, mais extrêmement
concentré. Quand il se fixe un objectif, il s'y consacre totalement et
n'aime pas être perturbé dans sa préparation. Certains disent qu'il a
la grosse tête, mais ce n'est pas vrai, affirme encore le papa. Ce
n'est pas évident pour lui de tout gérer à 18 ans. Il a encore des
difficultés avec les médias. " L'objectif de Jérémy est de réussir ce
qu'aucun Européen n'est jamais parvenu à faire : se maintenir dans le
Top 44.
Ludivine morbin, envoyée spéciale à Coolagantta
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