Le 09/10/2009 - 11h12
Par
SPORTWEEKXTREME / Sophie Danger
Nouvelle vague dans l'élite du surf
Joan Duru-Photo : Panoramic
Toujours à part dans le sport professionnel, le surf a adapté ses méthodes et transformé son organisation. Le sponsoring a beaucoup fait évoluer la discipline, sa culture et son ambiance. Sans lui faire perdre son âme.
Un coucher de soleil, des palmiers, des planches de surf plantées dans le sable, des bikinis ajustés au plus court et quelques allumés assis au coin d'un feu sirotant négligemment une bonne bière... Jolie carte postale ! Mais l'image a fait long feu. Et même si les clichés ont la peau dure, il faut se rendre à l'évidence. Le surfeur dilettante, parcourant la Planète en meute à la recherche de " la " vague, n'est aujourd'hui plus qu'une image à ranger au rayon souvenirs.
" Dans les années 70 c'était peace and love ", explique Charley Puyo, ancien membre de l'équipe de France, aujourd'hui co-directeur du Quiksilver Pro France, la septième étape des Championnats du monde.
" Les gens qui fumaient sur la plage, les campings cars qui venaient, jusqu'au bord avec les planches de surf... C'était l'histoire des cinq étés. Cinq étés, un dans chaque continent. Les surfeurs tournaient comme çaautour du monde. Mais, cette culture hippie a complètement évolué à partir du début des années 80 et encore plus dernièrement, depuis que le surf s'est largement professionnalisé." Attention aux gourousEn l'espace de vingt ans, l'arrivée des sponsors et la création d'un Championnat du monde - le Dream Tour - ont poussé le surf à faire sa mue. Et les surfeurs avec. Si l'esprit vagabond et libertaire des pionniers plane toujours sur et dans les têtes, le surfeur d'aujourd'hui est avant tout un sportif professionnel.
" Au départ, beaucoup ne faisaient que surfer ", poursuit Charley Puyo.
" Maintenant, ils ont des coaches qui les préparent physiquement, qui leur imposent des étirements... Il y a plein de "gourous " qui leur tournent autour, aussi, pour les aider à se concentrer. Ils ont même des agents à présent, ça s'est professionnalisé à tous points de vue, comme dans d'autres sports. " Selon Joan Duru, le jeune et très prometteur surfeur landais,
" Le surf est devenu beaucoup plus sérieux. Il faut bosser ".
Un gabarit impressionnantÀ seulement 20 ans, il nourrit depuis son enfance un seul et unique rêve : intégrer le WCT. Le World Championship Tour réunit les 44 meilleurs surfeurs du monde. Alors, quatre fois par semaine - au minimum - et pendant deux heures, il retrouve Julien Dalès, son entraîneur, pour parfaire sa préparation et peaufiner sa condition physique. Le programme est copieux. Tonicité, gainage et appuis pour le quotidien, en plus du travail spécifique pour remplir les objectifs de début de saison.
" Joan a un gabarit impressionnant ", explique le coach,
" on a beaucoup travaillé sur les jambes pour pouvoir supporter ce poids. Pendant une année, nous avons travaillé son point faible : la lenteur. Cette année, nous essayons d'améliorer encore son point fort : sa force, justement. J'ai rajouté un gain de force tout en travaillant sur cette puissance, mais aussi l'endurance des jambes, qui permet de tenir plusieurs séries dans la journée ou de pouvoir surfer des vagues longues."
Défier le maître du monde
Longues comme les heures passées loin des rivages, qui ont permis au jeune Joan de
prendre une autre dimension sur l'eau. Vainqueur cette année de trois étapes du WQS - World Qualifying Series, l'antichambre de l'élite - dont celle du Sooruz Lacanau Pro,
étape classée six étoiles, le prodige d'Ondres (64) est en passe de valider son billet pour le Tour principal. Pro, il a éliminé sans ménagement l'Américain CJ Hobgood, actuel numéro 3 mondial, et l'Australien Adrian Buchan, trentième. Amené à défier le " maître du monde ", l'Américain Kelly Slater (9 titres mondiaux !), au troisième tour, le surfeur landais a cédé en bout de course, non sans avoir marqué les esprits par sa résistance. Prestation solide pour Joan qui, une fois la déception digérée, a mis le cap sur le Brésil et son dernier challenge d'une saison très riche : sécuriser sa première place au classement du WQS pour avoir la chance, la saison prochaine, de défier à nouveau le redoutable Américain sur l'une des dix plus belles vagues de la Planète. En attendant, Joan Duru est élu, ce vendredi par l'Eurosima (European Surf Industry Manufacture), Athlète européen de l'année !
Une place au soleilJoan Duru a disputé en 2008 le WQS, la 2e division mondiale du surf. En début de saison, le Landais a reçu une dotation de son sponsor principal. Une somme qu'il gère selon son calendrier. " Pour "l'entreprise" Duru, ce sont des recettes ", explique Mattin Michaud, son manager. " Cela couvre les billets d'avion, l'hébergement, etc. À la différence d'un salaire en sport individuel, Joan encaisse des recettes brutes et assume les
charges. " Si le prodige d'Ondres (64) intègre l'élite la saison prochaine, son mode de fonctionnement va évoluer.
" Dès que l'on bascule dans le WCT, l'exposition médiatique est plus importante, on est un peu absorbé par le sponsor principal, qui met à disposition beaucoup plus de choses. Les montants sont plus importants, la prise en charge plus complète. " Moins d'initiatives personnelles en perspectives pour Duru et un défi pour ses managers : casser les barrières du surf et séduire d'autres partenaires, intéressés par des valeurs fortes, environnementales et saines. Laird Hamilton et Kelly Slater sont parvenus à franchir ce cap. Joan Duru est
" une sorte de Docteur Jeckyll et Mister Hyde, car pudique, simple et humble, mais aussi impressionnant et explosif dans l'eau ". Sa chance pour intégrer la liste très select des stars de ce sport.
Sophie Danger, envoyée spéciale à Hossegor
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