Le 19/06/2006 - 22h00
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Elle participe pour la première fois au Petzl Roc Trip, du 22 au 25 juin à Millau. Chloé Minoret est de retour après un grave accident. Portrait.
Pour attraper Chloé Minoret, il faut se lever tôt et grimper haut. La vice-championne de France 2005 d'escalade (catégorie Difficulté) ne s'arrête jamais. Entre les sorties pour l'entraînement ou pour le plaisir pur, elle encadre des stages dans les salles Murmur, à Lyon ou à Paris, alors qu'elle vient de s'installer à Marseille, pour se rapprocher de son amour de marin-pompier. Hasard de la vie, l'enfant de Bourg-Saint-Maurice y a d'ailleurs retrouvé le terrain de jeu qui avait fait déclic.
" À l'âge de 15 ans et demi, je suis partie avec des potes dans les Calanques, se souvient la championne d'Europe 2002. Ça a été le coup de foudre. Jusque-là, je faisais beaucoup de gym. J'ai arrêté net. Entre rester enfermée dans un gymnase avec des entraîneurs hyperstricts et être dehors dans une ambiance sympa, il n'y avait pas débat. " Comme si les parois l'attendaient depuis toujours. " J'ai aimé me retrouver seule sur mon rocher, en symbiose, à chercher des stratégies pour trouver le bon itinéraire ", raconte Chloé.
Très vite, c'est aussi la performance qui l'attire. " J'avais l'esprit de compétition, confirme-t-elle. J'étais souvent la seule fille, j'aimais bien être en rivalité avec les garçons. " Lorsqu'elle rencontre François Petit, la tâche s'avère plus délicate. Avec son frère, Arnaud, et l'amie de celui-ci, Stéphanie Bodet, Chloé se frotte au très haut niveau. " Je n'étais pas sûre de moi, souffle-t-elle. "J'avais du mal à trouver ma place. J'étais la quatrième. "
Les victoires ont fait plus que n'importe quelle thérapie. Jusqu'à l'année 2004. Chloé est accrochée à un mur artificiel. Son assureur fait une erreur et c'est la chute. Lourde. Elle se relève et continue même pendant quelques jours à enfiler ses chaussons, malgré la douleur. Des examens révèlent un arrachement osseux au niveau du bassin et des fractures aux métatarses. Carrière en suspens.
"J'avais peur de tomber"
" Ça m'a mis un coup, lâche-t-elle. Je m'étais entraînée tout l'hiver, je voulais gagner les championnats du monde. C'était la première fois que j'avais vraiment confiance en moi. " Une épreuve si difficile à traverser qu'elle efface l'accident de sa mémoire. Il faut une opération à un doigt, l'an dernier, pour que l'angoisse la rattrape. " Pendant un mois et demi, quand je grimpais, j'avais l'impression que j'allais mourir, avoue-t-elle. J'avais peur de tomber, que le matériel casse. "
Après un joli retour en 2005, elle n'a pas été sélectionnée pour les championnats d'Europe, du 1er au 5 juillet, à Ekaterinbourg (Rus). " Les grimpeurs sont des objets, on te prend, on te laisse", regrette-t-elle. Sans amertume. Elle sait que son avenir est pavé de belles voies dans lesquelles sa quête du beau geste pourra s'exprimer en liberté. Là où l'herbe est plus verte.
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