Le 31/01/2008 - 10h40
Par
SPORT / Daniel et Martin Rebetez
Dry Tooling : Pics à glace
SportWeek
Plus spectaculaire que l'escalade sur roche et plus technique que celle sur glace, le dry tooling, savant mélange de ces deux disciplines, est désormais un sport à part entière. Spectacle et sensations fortes garantis.
Lorsque le froid de l'hiver forme, sur les falaises, des structures de glace éphémères aux formes esthétiques, les immenses stalactites et stalagmites attirent irrésistiblement les grimpeurs, qui se mettent à rêver aux escalades les plus folles. Le dry tooling devient alors le prolongement logique de l'escalade sur rocher. Le but de cette discipline, qui attire de plus en plus d'adeptes, est de tracer des itinéraires sur des parois, en alternant l'ascension sur la roche et la glace. Chaussons et magnésie sont mis de côté, remplacés par des crampons et des piolets.
À l'assaut des stalactitesApparue il y a plus de trente ans, l'escalade sur glace a beaucoup évolué grâce aux progrès du matériel technique. L'escalade sur glace raide exige en effet des outils spécifiques pour progresser efficacement. Les piolets d'alpinisme à lame droite et au manche en bois ont été remplacés par des ancreurs à lame courbée et dentée. Leur manche, désormais galbé, évite aux grimpeurs de se cogner les doigts contre la paroi. Une autre avancée essentielle est celle des vis à glace, sécurités intermédiaires posées par le premier de cordée lors de l'ascension, qui permettent de s'assurer, au même titre que les pitons ou les spits en escalade rocheuse.
Les premières vis apparues sur le marché étaient difficiles à installer. Souvent, il fallait s'attacher aux piolets, afin d'avoir les deux mains libres. Aujourd'hui, les vis à glace se posent d'une main, ce qui permet d'en placer davantage, sans perturber le rythme de l'ascension. Les cascades de glace étant rarement déversantes et les sections raides toujours relativement courtes, leur difficulté maximale est limitée. À la recherche de projets plus difficiles et de nouveaux défis techniques, les grimpeurs se sont alors tournés vers des voies où les passages en rocher et en glace s'alternent. On parle alors d'escalade mixte ou de dry tooling. Les voies deviennent de plus en plus raides et la progression toujours plus athlétique, dans des surplombs, voire des plafonds.
La glace pend alors sous forme de stalactites. Il faut frapper délicatement et avec précision, voire simplement coincer la lame pour ne pas tout briser. C'est donc non seulement force et endurance qui sont indispensables pour enchaîner une voie, mais aussi beaucoup d'habileté et de précision. Par rapport à l'escalade en glace pure, le dry tooling a l'avantage d'offrir un plus large éventail de difficultés techniques, sans augmenter le danger. Les ancrages sont en effet plus sûrs, puisqu'ils sont souvent placés de manière fixe, à même le rocher, et non dans la glace. Dès lors, les limites sont surtout physiques et non mentales.
Un nouveau tournant dans l'évolution du dry tooling a encore été pris, ces dernières années, avec l'apparition des piolets à poignées décrochées. Le grimpeur s'affranchit ainsi des dragonnes, les sangles qui le liaient au manche du piolet. Les nouveaux piolets ont deux zones de préhensions distinctes, qui permettent une gestuelle plus variée, proche de l'escalade sur rocher. Aujourd'hui, le dry tooling est devenu une discipline à part entière du monde vertical, qui attire de plus en plus d'adeptes. Le spectacle de ces hommes-araignées vissés aux parois et enchaînant, avec une incroyable dextérité, ces passages rocheux et glacés est toujours époustouflant. Et fait naître une irrépressible envie de se lancer à leur poursuite.
Daniel et Martin Rebetez
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