Le 23/08/2008 - 14h39
Par
SPORT / Alexandre Herbinet
Facile, si facile. Très heureux, le désormais double champion olympique de VTT n'avait pas d'adversaire à sa mesure sur le circuit olympique de cross-country de Laoshan. Comme d'habitude, quoi.
Seul au monde. Intouchable. "Presque imbattable", comme le dit si bien son dauphin du jour, un autre Français, Jean-Christophe Péraud. Julien Absalon n'a pas d'égal sur la planète VTT. Sacré champion olympique pour la deuxième fois de suite en cross-country, le champion tricolore vit ce doublé avec émotion. Et se projette déjà sur Londres 2012.
Vous attaquez à la
fin du premier tour et personne ne vous revoit. Est-ce donc si aisé pour vous
d'être champion olympique ?
Julien Absalon : "Pas du tout. Ça n'a vraiment
pas été facile. Plusieurs coureurs ont pris la course en main au premier tour.
Moi, j'ai attendu mon heure. Il y a eu un moment de flottement, j'en ai
profité, je suis parti et j'ai fait la cassure. A ce moment-là, j'avais le
sentiment d'avoir au moins assuré une médaille. Se retrouver seul était une
vraie opportunité pour moi. Il valait mieux être seul pour bien négocier les
trajectoires, avoir une meilleure lecture du terrain et gérer la course plutôt
que de la subir. Mais j'ai tout donné, je peux vous l'assurer. J'étais à fond
du début à la fin.
A quel moment
savez-vous que la médaille d'or est dans la poche ?
Tout peut arriver en VTT. Je le sais donc au dernier moment,
quand je franchis la ligne. Une petite erreur d'inattention aurait pu me coûter
très cher. J'avais beau posséder une minute d'avance, j'aurais pu avoir un coup
de chaud ou être victime d'un problème technique. Lors du dernier tour, je
commençais à avoir des crampes. Mais je me suis accroché jusqu'à la fin, je
suis resté concentré. J'ai compris que c'était gagné dans la dernière descente.
Là, dans le pire des cas, j'aurais terminé à pied !
Qu'est-ce qui vous
est passé par la tête dans cette dernière ligne droite ?
Beaucoup d'émotion, l'explosion dans ma tête. Des milliers
de choses m'ont traversé l'esprit. Cette victoire, j'en avais tellement rêvé la
nuit, des dizaines de fois. Le faire en vrai, j'avoue, j'avais du mal à
réaliser.
Quelle différence y
a-t-il avec le titre d'Athènes ?
Ici, j'avais l'étiquette de favori. Il fallait résister à la
pression, relativiser, ne pas penser à l'enjeu. Ne pas se dire que certains Français
favoris aux Jeux avaient échoué. La course n'était pas gagnée d'avance parce
que j'avais gagné pas mal d'épreuves avant.
Lors des Mondiaux, en
mai, vous aviez dû abandonner. Même si vous aviez retrouvé vos sensations ces
dernières semaines, doutiez-vous un peu au départ de la course olympique ?
Ma défaillance aux championnats du monde venait d'une
succession de problèmes. Je m'y étais présenté avec un genou enflé et les cervicales
de travers. Dans ces conditions, même à 98% de mes possibilités, je ne pouvais pas
gagner. Là, j'étais à 100 %, c'est différent. Je n'étais pas là pour prouver
quelque chose. Juste pour gagner.
Les conditions de
course n'étaient pas aussi dantesques que prévues depuis des mois...
Ce fut une énorme surprise de voir un ciel si bleu et une
qualité d'air aussi bonne. La pollution ne m'a pas fait souffrir du tout. Sur
ce plan-là, je félicite l'organisation des Jeux.
Il y avait tout de
même la chaleur...
Bien gérer ce paramètre était essentiel. Beaucoup
s'hydrater, ne pas attendre d'avoir soif pour boire. J'ai bu un demi-litre par
tour, soit quatre au total. J'ai beaucoup sué donc c'était nécessaire. Je
m'étais préparé à ça ces dernières semaines dans le Var où je m'entraînais aux
heures les plus chaudes.
Votre palmarès fait
de vous un des plus grands champions français. Souffrez-vous d'un manque de
reconnaissance ?
Pas du tout. Je ne fais ce métier ni pour la gloire ni pour
les télés. Mon but n'est pas d'être mis sur le devant de la scène. Ma seule
satisfaction est que l'effet olympique et la médiatisation qui va avec servent
les intérêts de mon sport. Les Jeux boostent l'image du VTT et le font connaître
auprès du grand public. Ce que je veux, c'est que ma discipline bénéficie de
davantage de reconnaissance.
A Londres, vous
pourrez viser un troisième titre olympique consécutif, ce que Tony Estanguet
n'est pas parvenu à réaliser à Pékin. Serez-vous là pour relever le défi ?
J'espère bien. Les JO sont une source de motivation
extraordinaire. Mais aussi beaucoup de pression car rien n'est joué d'avance.
Il faut être là le jour J, c'est la beauté du sport. On est tous sur la même
ligne au départ. Tous à égalité."
De notre envoyé spécial à Pékin, Alexandre Herbinet
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