Le 10/04/2008 - 08h08
Par
SPORT / Alexandre Herbinet
Julien Absalon : Sortie de route
SportWeek
Pour se préparer pour les grands rendez-vous, le champion olympique de VTT a la curieuse habitude d'aller disputer des courses amateurs sur route. Quitte à semer la zizanie dans le peloton et rendre fous les autres coureurs...
Imaginez la scène. Vous êtes un cycliste sur route de la catégorie
élite, le plus haut niveau chez les amateurs. Vous prenez le départ
d'une course. Dans les premiers kilomètres, comme d'habitude, le
peloton imprime un rythme de sénateur afin d'en garder sous la pédale
pour les moments décisifs. Et là, un petit bonhomme se porte en tête et
hausse le ton. Il "envoie", ne compte pas ses efforts et donne une
grosse intensité à son pédalage. Comme tous vos petits copains, vous ne
comprenez pas ce qui se passe. Bienvenue dans le monde de Julien
Absalon, champion olympique en titre de VTT très particulier de
cross-country. Ou plutôt dans le monde de ses méthodes d'entraînement.
Semeur de zizanie
Car depuis 1996 et sa rencontre avec Gérard Brocks, son entraîneur
depuis douze ans, l'homme invincible du VTT mondial a un secret : pour
préparer ses grands objectifs, il dispute chaque année quelques courses
sur route de la catégorie élite.
"Je ne m'y aligne pas avec l'objectif de briller, avoue Absalon
.
Le but est de faire du rythme, de travailler la puissance et c'est
toujours plus facile de le faire en course, au sein d'un peloton, que
tout seul. Ça reste dans un cadre préparatoire pour le VTT donc je
n'hésite pas à me faire mal, à mettre un gros rythme quand j'en ai
besoin. Sur route, les efforts sont moins violents, on met moins de
temps à récupérer. Cela permet de garder le rythme sans taper dedans et
sans y aller aussi fort que sur un VTT."
L'idéal, donc, pour une montée en puissance en début d'année.
"On
les programme surtout dans les premiers mois de la saison pour acquérir
du rythme en peloton et éviter la saturation du VTT, confirme Gérard Brocks
. En VTT, l'organisme subit des microtraumatismes à répétition. Avec la route, on peut mieux gérer sa saison." Selon le coach, entre les courses élite et les sorties solos, la route représente
"75 %
de son programme d'entraînement en début de saison et environ 60 % par
la suite. En 2008, on a prévu cinq ou six courses élite. Julien en a
déjà fait quatre. On les choisit selon son planning et la proximité de
l'épreuve." Les "routiers", eux, ont fini par s'habituer à cette
présence incongrue. Ce qui était loin d'être le cas lors de ses
premiers essais.
"Personne n'est jamais venu me voir directement pour
me dire que je représentais une gêne, glisse Absalon.
Mais quand je
suis là, j'en entends certains parler de moi dans le peloton : 'Ah,
Julien est là, ça va attaquer fort aujourd'hui'
. Ils m'ont longtemps
pris pour un fou. Dès que ça ne roule pas, je relance. Dès qu'il y a
une côte, je la grimpe à bloc. Ça peut paraître illogique. "
Le roi du fair-play
Et Brocks de sortir la boîte à souvenirs :
"Dans le passé, certains
entraîneurs sont venus me voir pour me dire : 'Faut lui apprendre à
courir.'
Aujourd'hui, vu son palmarès, ça me fait sourire. Les gens ne
comprenaient pas pourquoi il ne poursuivait jamais son effort. Mais ce
n'est pas le cas au haut niveau. On a besoin d'en garder sous la pédale
pour plus tard. On fait ça depuis ses années de cadet et ça a l'air de
marcher... On a été diplomates, on leur a expliqué et ils ont fini par
comprendre." Une diplomatie qui pousse même Absalon à ne jamais en
rajouter.
"Julien respecte beaucoup les autres coureurs qui sont là
pour la gagne, indique Brocks. S'il se retrouve dans la bonne échappée,
il s'arrange pour faire semblant d'avoir un problème, par exemple avec
son dérailleur, et il les laisse s'expliquer. Les coureurs respectent
beaucoup Julien pour ça."
Reste une question : son fighting spirit le
pousse-t-il parfois à remporter ces courses sur route ?
"Sur une
épreuve plate, je suis tout seul, sans équipe, et je ne peux pas
rivaliser, répond Absalon. Mais, quand ce sont des courses avec du
relief, oui... J'en ai déjà remporté plusieurs. C'est toujours sympa de
gagner. Ça permet de se rassurer car si je finis premier, c'est que je
suis dans les temps au niveau de ma préparation." Son entraîneur va
plus loin :
"Une fois par an, on essaye d'en gagner une. Et quand il y
a une arrivée en côte, il gagne toujours tout seul. C'est son élément,
il y est bien plus fort que les coureurs de la catégorie élite." Au
fait, ces expériences donnent-elles envie à Julien de passer à la
route ?
"Ça me conforte plutôt dans mon amour du VTT. J'y prends
beaucoup plus de plaisir." Ouf, enfin un que le Tour de France n'aura
pas.
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