Le 13/06/2007 - 19h45
Par
SPORT / Stéphane Méjanès
Christophe Hatton, la roue tourne
SportWeek
C'est une histoire de promotion par le mérite bien dans l'air du temps, mais à la sauce freestyle. À première vue, rien ne prédisposait Christopher Hatton à un destin de star du VTT.
Né dans une famille modeste des Vosges, ses parents travaillent en usine, son père dans le bois, sa mère dans le textile. Une enfance heureuse bien que les occasions de s'évader soient rares. Pas de vacances et, malgré la proximité des pentes enneigées, le ski est un loisir hors d'atteinte pour le budget familial. Le petit Christo est si remuant qu'il faut pourtant le canaliser. L'athlétisme, d'abord, sans conviction, le judo, ensuite, avec passion. Il atteint le grade de ceinture marron, obtient un titre de champion des Vosges et de vice-champion de Lorraine. Mais des problèmes de dos ruinent ses premières illusions. "
Les médecins m'ont dit d'arrêter, j'étais tellement écoeuré que je n'ai rien fait pendant un an", se souvient Christopher. Au hasard de ses balades, il découvre un club de bicross. On lui prête une machine et c'est la révélation. "
J'ai adoré les sensations, confie-t-il. Ce qui m'a toujours vraiment plu, c'est d'être en l'air."
Au top niveau mondialTrois ans plus tard, il entre en finale des championnats de France minimes. À la lutte pour le podium dans le dernier virage, il est bousculé, victime d'un complot d'équipe, fréquent dans la discipline, et termine huitième. Dégoûté, il raccroche le vélo à selle basse pour enfourcher un VTT. Au bout de deux ans, lors d'une compétition de dual slalom dans la station du Markstein, en Alsace, sur un vélo reçu en cadeau pour sa communion, il gagne en cadet, en junior et termine quatrième au général alors qu'il est encore... minime. Son talent fait la fierté de ses parents qui commencent à le suivre et ne cesseront plus de le soutenir. "
Ils ont fait un truc que peu auraient fait, s'émeut Christo.
Ils ont prolongé leur crédit sur la maison de 10 ans pour pouvoir m'aider financièrement." Une bonne motivation pour progresser encore et toujours.
Au gré des rencontres, comme avec Guillaume Koch, grand pilote de descente, qui l'introduit chez son premier gros sponsor, Scott, ou Antoine Godde, qui l'accueille dans le Team EDG et a négocié son contrat avec Cannondale, Christo fait son trou sans perdre de vue sa reconversion. Il accomplit notamment un apprentissage en carrosserie, mécanique et peinture automobile. Même s'il est aujourd'hui le seul Français de classe mondiale en VTT newschool (freeride et freestyle), le seul parmi les 15 sélectionnés pour le prestigieux Nissan Qashqai Urban Challenge, il ne roule pas sur l'or. Il est au chômage durant la saison de VTT et travaille l'hiver. "
Si j'avais 10 ans de moins, je serais parti à l'étranger, avoue-t-il.
En France, les sponsors donnent le minimum et profitent des sportifs. ça n'est pas étonnant que les champions français s'exilent. Regardez Laure Manaudou."
Il vient de s'installer à Grenoble avec sa compagne pour se rapprocher des bikeparks des stations alpines. Il a même aménagé son propre terrain d'entraînement, en forêt, sans rien demander à personne, avec des jeunes qui ont trouvé ses coordonnées et sont venus lui dire à la fois leur admiration et leur envie de progresser avec lui. L'avenir, c'est de rider encore deux ans malgré son "grand âge" et passer son brevet d'état pour rester dans le milieu comme accompagnateur, entraîneur ou designer de pistes. Sans renoncer au mariage et aux enfants parce que, décidément, la famille, c'est sacré.
Stéphane Méjanès
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